mardi 8 juillet 2014

BRIMBORIONS DE JUIN

Copyright Jorge Bernstein

Rêve : un ami dont la tête est recouverte de bandages m'embrasse, puis ses bandages tombent un peu. Il est défiguré par une sorte de rougeole. Il me dit : « J'ai la Garonne. » Et je pense : « Putain, pourquoi m'a-t-il embrassé ? »

Chez Müller, je bois un verre avec Benoît. Quand on arrive, M est là, au comptoir. Il finit son verre, prétexte qu'il attend que la pluie cesse pour rentrer en scooter.

« Il pleut toujours ? » « Quelques gouttes. » « Je vais attendre que ça se calme. » Il a l'air soulagé.

Il part. « Allez salut tout le monde. ». Il revient. Il pleut trop. « Remets-moi un verre » Il stipule : « Mais un petit hein ? »

Il repart. « Allez, je crois que je vais réussir à passer entre les gouttes. » Il revient, fataliste, attend au pied du comptoir, et finit par dire au patron : « Ben quoi, j'ai vendu du beurre aux allemands ou quoi ? » Müller le ressert.

Son téléphone sonne : « Allo ? Non, je serai chez moi dans dix minutes grand max, et tu me rappelles, ok ? Ah non, j'insiste tu me rappelles, il faut que je te parle d'un truc. » Il tente un départ. Il revient. Ainsi de suite pendant une heure.

Quand on s'en va, il vient juste de retrouver deux anciennes connaissances bien attaquées qui insistent pour lui offrir un verre. Dehors il pleut à verse.

Dédicaces avec Briac à la Librairie des voyageurs. Une dame entre et la libraire lui demande : « Vous venez pour la dédicace ? » « Non, pas du tout, moi je suis venu acheter une carte des Pouilles. »

Revu Yves à Quimper. « Je suis allé à Paris pour démarcher les éditeurs. Je suis allé chez Albin Michel. J'ai sonné, personne. Comme la porte était ouverte, je suis entré. »

« Je me suis retrouvé dans les couloirs, j'ai fait le tour des bureaux, personne. Je me suis mis à appeler : « Oh, y a quelqu'un ? » Personne. J'avais mon manuscrit sous le bras. J'allais pas repartir bredouille. »

« Du coup, j'ai fait le numéro d'Albin Michel sur mon portable. Une dame me répond. Je lui dis : « Je voudrais déposer un manuscrit. » « C'est impossible, monsieur, nous sommes fermés. » « Ah bon ? C'est curieux parce que je suis en ce moment même dans vos locaux. »

« Comment ? » « Oui, c'était ouvert. » « Sortez immédiatement, j'appelle la sécurité ! » « Impossible, et mon manuscrit ? » « Revenez lundi ! » « Je refuse. Je viens de Province, lundi je serai rentré chez moi. Tout le monde n'est pas parisien madame. »

« Je ne sais pas... Déposez-le sur le comptoir de l'accueil alors. » « Entendu. Mais après tout ça, excusez-moi d'être si direct madame, vous m'accorderez que la moindre des choses serait tout de même que vous l'éditiez ! »

Simon : « J'étais à la fac avec le petit-fils d'Heidegger. Il s'intéressait qu'au foot. »

Daniel : « Ah, comment s'appelle-t-elle déjà, cette fille qui oublie toujours tout ?"

Sur un mur au marqueur : « L'Apocalipse n'a pas eu lieu. »

Je rêve d'un type en kabig vert avec une capuche triangulaire. Il n'arrête pas de passer dans mon rêve. Il n'a rien à faire là. Quand il se penche et ramasse un loup vert sur le trottoir, je le reconnais. C'est le bouffon, ou le frelon vert.  

Je suis repassé devant chez Müller. Le scooter est toujours là.

vendredi 16 mai 2014

BRIMBORIONS DE MAI



Jardin d'enfant : je croise Patou, qui est devenu gendarme scientifique. Il me parle du Blue star, ce produit qui révèle les traces de sang anciennes. « On a fait réagir des taches qui dataient de la guerre de sécession ! »

« Pour montrer à mes élèves, je me suis fait faire une prise de sang et je l'ai congelée. Il suffit d'en prélever un peu, d'en asperger le carrelage sur le mur, de récurer à fond, et puis d'éteindre la lumière avant de vaporiser le blue star. » Son regard brille : « Et là, ça fait de grandes traînées phosphorescentes bleues. »

« Ca marche aussi avec la Javel, ça brille avec plus d'intensité, mais beaucoup moins longtemps. » Moue moins convaincue : « Ce n'est pas la même lumière. »

Frôle ce matin par une voiture : « Taxi Abysse. »

Croisé un van où était écrit : « Voyages Ulysse. »

Sur la route du festival de Deauville, de l’autre côté de la route, un petit chat vient juste de se faire écraser. Il est encore vivant. Atroce. Juste après, une cigogne passe dans le ciel.

Il paraît que toutes les cigognes passent par Istanbul, où elles prennent de la hauteur en montant en hélices, par groupes.

Une dame à table : « Mon père a 75 ans. Il vient de tourner dans son premier film d’horreur. »

« Le réalisateur lui avait dit qu’il avait un rôle de psy pour lui, il était content. Mais en fait c’était un rôle de psychopathe. »

J'attends au feu derrière une voiture. Deux autocollants : « Anti-radar » et « Attention conducteur bourré. » Le feu passe au vert et il démarre en trombe, manquant écraser deux filles qui traversaient.

Rêvé du petit chat écrasé. Dans mon rêve, il était roux, et je me souviens du bruit de semelle que ça faisait quand des gens l'ont décollé du bitume.

Je corrige des copies dans le train. Le texte parle des tranchées. Correspondance. Je regarde mon billet : voiture 14, place 18.

C'est le soir, je regarde un film. Soudain, boum, un vacarme, comme si une étagère était tombée à l'étage. On monte. Rien. On fait trois fois le tour de la maison. Rien.

Finalement, c'est un arrosoir qui est tombé dehors.

Le lendemain, l'arrosoir retombe, mais moins fort.

On rentre sur la voie express. Sur un pont, des gens agitent des drapeaux français et des banderoles FN. Au moment où on passe juste en dessous, Maëlle dit : « Quelle horreur ce sont des enfants. »

Il y a une semaine, mais l'image de l'ado blonde en t-shirt blanc agitant un drapeau FN Juste au-dessus de ma tête, alors qu'on passe le pont, ne s'efface pas.


mercredi 9 avril 2014

BRIMBORIONS D'AVRIL


Grand-mère s'agace : « A notre époque, il n'y a plus d'étoiles. »

Elle justifie : « Avant, on en voyait quand même beaucoup plus. »

Jardiland. Je montre les lapins à Maïwenn : « Oh, regarde les lapins ! » Autre cage, le doigt pointé : « Oh, et regarde là, les tous petits lapins ! » Le type d'à côté me regarde avec consternation : ce sont des hamsters.

Jardiland. Conversation entre deux dames : « Oh, les petits lapins russes, ils sont tellement mignons... » Elles sourient, soupirent. Le visage de l'une d'elle se ferme : « Par contre, putain, les cochons d'Inde, ça pue c'est moche. »

Rêve. Le goulet de la rade de Brest s'est resserré. Partout, des chevaux sauvages traversent à la nage.

Mes lacets sont cassés. Je vais en acheter au Super U de Saint Renan. J'hésite entre les 45cm, prévus pour 3 trous, et les 60 cm pour 4. Comme il y a trois trous dans mes godasses, je prends les 45cm. Je paye, je sors, j'essaye. Trop petits.

Je retourne au rayon, j'achète les 60cm. Rebelote : je paye et sors. Encore trop petits.

Je retourne, je m'apprête à prendre les 75 cm et puis j'aperçois les 90 cm. Je me ferai pas avoir trois fois. Je prends les 90 cm. Je sors, j'essaye. Beaucoup trop longs.

Rêve : on est des GIs et on attaque une forteresse troglodyte Afghane, et on tire des roquettes dans des cavernes. A un moment, on se rend compte qu'on est en train de déranger des gens qui mangent. Du coup ils nous invitent.

On est à table. Ils vont égorger une brebis. C'est sacrificiel. Je suis ému, mais on me rassure : une fois égorgée, elle sera toujours en vie.

Rêve : on m'attache de force sur une luge aiguisé comme une guillotine, et je glisse sur une pente vers une foule de manifestants. Je ferme les yeux, je hurle : je ressens les chocs et reçois de grandes flaques de sang en plein visage.

J'ai été voir un concert de musique contemporaine. A un moment, un saxophoniste impeccable, tout de noir vêtu, aux chaussures cirées, interprète une pièce d'une grande austérité. Il ne laisse rien au hasard. Au moment des applaudissements, il s'incline et du pavillon de son instrument coule un filet de bave.

Au Festival de Deauville, j'interviens devant une classe d'élèves de 3ème. Ca se passe dans la salle « Batman ».

Vu sur internet : l'île de Queimada Grande au Brésil, 230 000 mètres carrés, compte 230 000 serpents.


lundi 17 mars 2014

BRIMBORIONS EN FORME DE PHASMES



Copié collé l'adresse que m'a donnée Cyril, "J'habite Le Tiercent, 170 âmes" dans mon carnet d'adresses, puis déplacé le nom du village dans une autre colonne.  il reste "Cyril, 170 âmes".

Mikel avait neuf ans en 1945. Le jour où Brest a été rasée, il était à Quimper, à la messe avec ses parents. Il se souvient des bombardiers qui passaient sans arrêt au-dessus. Ca couvrait tout. La messe a duré deux heures et le bruit aussi.

Les américains laissaient tomber des petits tortillons d'aluminium, en fait des leurres pour brouiller les radars, mais les enfants croyaient que c'était des chocolats.

Une autre fois, de l'étage, on lui montre au loin dans la nuit un grand feu : Lorient qui brûle.

Rêvé d'enfants que je devais protéger. Au bout d'un moment, ils deviennent des crevettes dans un grand bassin en pierre carré.

Ensuite, je découvre un trésor dans une caverne et je fais un cadeau en or massif à quelqu'un pour qu'il me laisse tranquille.

Cette nuit, encore un rêve : on file dans un train bourré de déchets nucléaires le long d'une grande muraille de pierre, et je me dis que scénaristiquement, elle va forcément s'effondrer sur nous.

Arthur a adopté des phasmes. Ils sont dans un aquarium. Il faut leur vaporiser de l'eau dessus tous les matins en soulevant légèrement le couvercle. Toujours peur qu'il y en ait un qui s'échappe.

Le phasme passe sa vie à imiter une brindille. Pour faire plus vrai, il ondule un peu, comme s'il y avait du vent.

Petit-déjeuner : j'ai l'impression d'être observé.

Je me retourne : le phasme. 

On dirait un petit totem : c'est peut-être l'effet bois.

Les phasmes c'est des insectes en formica.

Corentin, 5 ans : « Hé, elle est désaccordée ta guitare, ça fait tong au lieu de ting. »

Rêve : un type dévisse son nez, me le donne et meurt.

J'arrive au distributeur de fric, et j'aperçois un type avec des béquilles qui avance péniblement, à deux mètres de là. Je fais signe que je lui cède la place, mais il soupire : « Oh vas-y, le temps que j'arrive, t'auras même le temps de retirer quatre fois. »

mercredi 26 février 2014

BRIMBORIONS DE FEVRIER


Matin. Je coupe du pain et je m'entaille le pouce.

Matin suivant. En voulant récupérer le bouchon d'un tube de dentifrice, je m'assomme contre le radiateur.

Arthur, regardant l'étiquette d'une bouteille de vin d'un air dubitatif, finit par dire : « Pourquoi c'est écrit Foire aux vins Orange, alors que le vin est rouge ? »

Un caillou dans ma chaussure : je l'enlève, la retourne et il en tombe une pièce.

Arthur : « Je déteste la musique classique, c'est trop aigu. »

Arthur : « Moi, quand j'utilise des sons aigus, c'est uniquement pour terrasser mes ennemis en leur détruisant les tympans. »

Reçu par la poste ce matin un épais paquet de photos et de cartes postales, toutes annotées. C'est cette dame que j'avais croisée en dédicace, qui m'avait raconté sa vie.

Cette fois, elle me l'a écrite, en caractères serrés, au dos de cinq cartes, tassés comme de la mie de pain. Tout y est : d'où elle vient, qui elle est. Il y a même une photocopie de son diplôme.

Roland a une machine pour imprimer ses propres t-shirts. Des fois, il se pointe aux concerts avec le t-shirt du groupe, même si celui-ci n'en a jamais fait fabriquer.

Rêvé d'un poisson rouge et ondoyant qui nageait dans l'air autour de ma tête. Je me suis dit que ça ferait un super brimborion. J'étais très déçu que ça ne soit qu'un rêve.

J'attends Arthur à l'école. Une dame salue un monsieur moustachu : « Oh, mais... Je devine à votre regard que ça va très bien pour vous en ce moment, non ? » Il est surpris, sourit maladroitement : « Oh ben j'ai le dos en vrac. » Elle : « Oui mais ça se voit, je sais pas, un petit quelque chose dans votre expression, qui me dit que vous êtes particulièrement heureux ces jours-ci, pas vrai ? » Le type rougit : «Ben je sais pas, j'ai juste le dos en vrac. »

Arthur assis à côté de moi en voiture, silencieux et pensif. On roule. Au bout d'un moment, il lève la tête vers moi : « Tu imagines la durée de vie d'un pneu ? »



lundi 20 janvier 2014

BRIMBORIONS DE JANVIER



Vu sur Google : aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la mort de Grace Hopper, l'informaticienne qui a inventé le mot « bug ». La première panne informatique a été provoquée par un insecte, et c'est pourquoi elle a appelé ça un « bug » (insecte). 

 C'est d'autant plus étonnant que Grasshopper veut dire sauterelle.

 Je dors. Je me réveille. Au plafond, le réveil projette 23h50 en lettres rouges. Et boum, tremblement de terre.

Une collègue me dit qu'elle n'a rien entendu : « Je n'entends jamais les tremblements de terre. » « Même en Sicile, une fois, séisme de magnitude x, les meubles renversés... Eruption de l'Etna ! Rien.» 

La panne d'électricité de ce matin a flingué le réveil qui projetait l'heure en lettres rouges au plafond. Cette nuit, j'ai mieux dormi. 

 Reçu un mail intitulé : « Avez-vous pensé à l'Autriche ? »

 Promenade avec les enfants au bord de la Penfeld. Pour une fois il fait beau. Arthur part en vélo devant. Tout à coup, le ciel se couvre, l'eau se ride, et tout commence à noircir. Etpuis un gros coup de vent envoie valser ma casquette et fait plier les arbres.

 Maintenant c'est la grêle. On ne peut plus avancer à cause du vent. Je suis accroupi pour protéger la petite, qui hurle, le parapluie plié autour de nous. Quand je me relève, quatre baleines sont cassées.

 Dans la voiture d'un côté, un type avec des lunettes noires et un gros chapeau. Au rétro pend un gros dé en mousse. 

Est-il possible que ce déménageur s'appelle D. Ménage ? 

Ce midi, affamé, j'entame mon assiette et je me croque la langue.