vendredi 9 novembre 2012

BRIMBORIONS EN RETARD


Le mari de P vient d'être mis au chômage technique. La mère de P, qui est témoin de Jéhovah, le rassure: “Tu as combien d'Assedic? Oh, mais c'est largement suffisant. Tu tiendras largement jusqu'à l'Apocalypse!”

Sur le marché, devant l'étal du bouquiniste, un type en jogging avec des grosses lunettes murmure comme un disque rayé: “Où-est-le-livre-sur-le-li-bé-ra-lisme? Où-est-le-livre-sur-le-li-bé-ra-lisme?”

Au Super U, je croise mon collègue de SVT qui surgit d'un rayon et me montre une cervelle sous cellophane: “je fais mes petites emplettes!”

Deux heures après, je le recroise devant sa salle, dépité. Les pompiers sont à l'intérieur. Ils réaniment une élève qui s'est sentie mal au moment où il s'apprêtait à disséquer le cerveau.

Le tramway circule. Trois jours de gratuité pour l'inauguration. Les gens veulent tous essayer, et les visages sont collés aux vitres.

L'employé du gaz vient vérifier la chaudière. Il me dit qu'avant la guerre, il y avait déjà un tramway, un trolley en fait, et que les gens devaient descendre rue Jean Jaurès pour le pousser dans les côtes.

L'autre jour, je croise Tonton Jacques à la pharmacie. Il était essoufflé, fatigué. Je le ramène en voiture chez lui. Il me dit qu'il attend une place en maison de retraite, et qu'il range ses affaires en attendant.

La semaine suivante, il est hospitalisé. A peine sorti de l'hôpital, il apprend qu'une place se libère en maison de retraite.

La semaine qui suit, il semble très énervé, et fait de fréquents allers-retours entre la maison de retraite et son ancien appart pour récupérer de petits objets, mettre en carton. Il attendait ce jour depuis des années: il achève de tout mettre en ordre, pour pouvoir se reposer et profiter de sa nouvelle vie. Et puis il meurt.

Comme il ne voulait pas gêner, il a prévu des obsèques minimales, sans cérémonie. Au crématorium, ça prend deux minutes. On voit le cercueil glisser sur le tapis roulant, poussé par un vérin.

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