vendredi 9 novembre 2012

BRIMBORIONS D'AUTOMNE





Sur la route vers Poitiers. Pause à la station-service. Pas de chance : la voiture ne redémarre plus. Coup de chance : un monsieur a des pinces.

La voiture ne redémarre toujours pas. Le monsieur réajuste les pinces, vérifie, fouille, dégrippe. Deuxième coup de chance : il est mécano de la Marine. La voiture redémarre.

On s'arrête à Vannes. Coup de chance : il reste un garage ouvert. Ils démontent la batterie, tentent d'en installer une nouvelle. Pas de chance : ils n'ont pas le bon modèle.

Coup de chance : le type du garage voisin en a une et, bien qu'il soit fermé, il nous la vend.

Pas de chance : la nouvelle batterie n'est pas à la bonne taille. Le type ne veut pas la monter. Coup de chance : son patron lui montre comment dévisser le support pour l'ajuster ; ça passe quand même.

On quitte le garage. Devant, un gros camion étrange, marqué : Isabelle et Jean-Jacques Latinier, Laiterie du menhir.

L'évêque de T a été muté à cause du cardinal Lustiger, avec qui il était en froid. Il a appelé son chien Lustifer.

Dans la salle de spectacle de Plabennec, au-dessus des chaises rouges, une pancarte : “Chaises rouges”. Au-dessus des bleues : “Chaises bleues”.



BRIMBORIONS EN RETARD


Le mari de P vient d'être mis au chômage technique. La mère de P, qui est témoin de Jéhovah, le rassure: “Tu as combien d'Assedic? Oh, mais c'est largement suffisant. Tu tiendras largement jusqu'à l'Apocalypse!”

Sur le marché, devant l'étal du bouquiniste, un type en jogging avec des grosses lunettes murmure comme un disque rayé: “Où-est-le-livre-sur-le-li-bé-ra-lisme? Où-est-le-livre-sur-le-li-bé-ra-lisme?”

Au Super U, je croise mon collègue de SVT qui surgit d'un rayon et me montre une cervelle sous cellophane: “je fais mes petites emplettes!”

Deux heures après, je le recroise devant sa salle, dépité. Les pompiers sont à l'intérieur. Ils réaniment une élève qui s'est sentie mal au moment où il s'apprêtait à disséquer le cerveau.

Le tramway circule. Trois jours de gratuité pour l'inauguration. Les gens veulent tous essayer, et les visages sont collés aux vitres.

L'employé du gaz vient vérifier la chaudière. Il me dit qu'avant la guerre, il y avait déjà un tramway, un trolley en fait, et que les gens devaient descendre rue Jean Jaurès pour le pousser dans les côtes.

L'autre jour, je croise Tonton Jacques à la pharmacie. Il était essoufflé, fatigué. Je le ramène en voiture chez lui. Il me dit qu'il attend une place en maison de retraite, et qu'il range ses affaires en attendant.

La semaine suivante, il est hospitalisé. A peine sorti de l'hôpital, il apprend qu'une place se libère en maison de retraite.

La semaine qui suit, il semble très énervé, et fait de fréquents allers-retours entre la maison de retraite et son ancien appart pour récupérer de petits objets, mettre en carton. Il attendait ce jour depuis des années: il achève de tout mettre en ordre, pour pouvoir se reposer et profiter de sa nouvelle vie. Et puis il meurt.

Comme il ne voulait pas gêner, il a prévu des obsèques minimales, sans cérémonie. Au crématorium, ça prend deux minutes. On voit le cercueil glisser sur le tapis roulant, poussé par un vérin.

samedi 16 juin 2012

BRIMBORIONS DE JUIN


Rue Choquet de Lindu. Un type descend de son scooter et discute avec un autre type, qui sort de l'immeuble. Le premier a le pied bandé et enveloppé d'une chaussette orthopédique. Le second n'a qu'une chaussure, et un pied nu.

Déménagement d'Emina et Pierre. Christophe me raconte que son voisin, quand il était petit, faisait des chroniques sur les fleurs et les plantes à la radio. Une sorte de “Nicolas le jardinier” breton. Il s'appelait monsieur Rose, et sa femme Marguerite.

Plus loin dans la rue, il y avait aussi un monsieur Racine, et une famille Delahaye.

“Et puis, savez-vous si la chair, en ces temps-là, ne circulera pas à travers le sang?” Robert Desnos

Cette nuit, des gens sont passés sous notre fenêtre. Dans un demi-sommeil, je les entendais. Ils faisaient de drôles de bruits, comme s'ils allumaient des pétards à longue mèche, qui n'explosaient pas. Et ils riaient doucement et calmement.

J'essaye de prendre des disques de Chansons tombées de la lune dans leur carton, emballés dans leurs pochette plastique souple, mais ils me glissent des mains. J'essaye de les ramasser: ils glissent à nouveau, et mes mains n'arrivent pas à les saisir, comme si c'était des poissons.

Alphonse Le Gastelois, roi des Ecrehous, est mort aujourd'hui. C'était un ermite qui avait réclamé à la reine d'Angleterre, selon le vieux droit normand qui stipulait que toute personne y ayant vécu plus de dix ans pouvait en faire la demande, le titre de roi des Ecrehous, un petit archipel de la Manche.

Il s'était réfugié sur ces îles pour fuir la méchanceté des gens de Jersey, qui l'avaient accusé d'être la bête de Jersey, un tueur pédophile, avant de l'innocenter. Le vrai tueur a été arrêté dix ans plus tard, mais Alphonse est resté sur son île.

Les autorités de Jersey ont tout fait pour faire capoter sa demande. Tracassé par la police, il a fini par revenir vivre dans une cabane près de Saint-Hélier, toujours ermite.

Il paraît qu'il y a un syndrôme assez répandu dans la Manche: celui de vouloir être roi de quelque chose.

C'est la bête de Jersey qui venait faire le Père Noël au sinistre orphelinat des Hauts-de-la-Garenne.


mardi 5 juin 2012

BRIMBORIONS DE MAI


Lu dans Façons d'endormi, façons d'éveillé, de Henri Michaux: « L'homme de nuit en moi n'a pas appris. »

Porte tournante du leclerc du Relecq, sur la vitre, pub pour un policier paru chez Bargain. Le titre: Rennes au galop.

Du train, je regarde passer une vache, qui se frotte contre un hangar. J'ai l'impression qu'elle est énervée, qu'elle donne des coups de pied contre la porte. Je ne vois pas bien. En m'éloignant, même si les arbres la cachent à moitié, j'ai l'impression qu'elle est devenue énorme et qu'elle s'est mise debout.

Croisé Patou, qui est devenu gendarme spécialisé dans les scènes de crime. Je lui demande s'il a parfois affaire à des trucs affreux. Il me dit: “Le type qu'on a retrouvé dans une valise l'été dernier... Ca faisait plusieurs mois. Très spécial....”

Il ajoute: “Le pire, c'est qu'on ne sait toujours pas qui c'est. Il a pas l'air de manquer à grand monde, le pauvre.”

Lu dans Mario Vargas Llosa: “Il s'agit d'un jeu, n'est-ce pas? Et les jeux ne sont guère dangereux tant qu'ils n'essaient pas de sortir de leur espace propre pour empiéter sur la vie réelle.”

Plage: en sortant de l'eau, Pascal avait les doigts tous blancs, comme s'ils allaient tomber.

Carte bloquée en partant en week-end. Trois fois "code erroné". C'était pourtant le bon code, putain. 

Il y a six mois, un type me contacte via facebook. Il veut acheter des disques de l'Eglise, je lui donne la marche à suivre. Il commande La Vie sous cloche et Le Disque vert. Son chèque était sans provisions, et je lui ai renvoyé un mail via facebook pour lui signaler. Aujourd'hui, sa cousine me contacte: elle est tombée sur le message en tentant de clôturer son compte facebook. Il n'a pas pu payer: il est mort, en fait.

En fait, on s'est échangé des mails le 30 août. Le 22 Septembre, je l'ai relancé. Il était mort entre temps. Ses comptes ont été bloqués par la banque.

Sur sa page facebook encore activée, je vois ce statut: “La Vie sous cloche d'Arnaud Le Gouëfflec: toute ma jeunesse dans le Finistère en un seul album.” Ca me fait bizarre.

Et puis le dernier jour, il poste une vidéo de Casimir le Vampire. Puis une chanson de Daniel Balavoine. Après, les messages de condoléances de ses amis. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé.

Le portrait de Mikel est fini. Il faut attendre longtemps que ça sèche.

lundi 16 avril 2012

BRIMBORIONS D'AVRIL


Incroyable: le type qui a importé la fraise en Europe au XVIIIème siècle s'appelait Frézier.

Il y a une explication. Wikipédia: « Le nom de Frézier est par une coïncidence extraordinaire une déformation du mot fraise : Julius de Berry, un de ses ancêtres, avait servi un plat de fraises des bois au roi Charles III le Simple à la fin d'un banquet à Anvers en 916, roi qui le remercia en l'anoblissant et lui donnant le nom de Fraise, qui se déforma en Frazer après émigration de la famille en Angleterre puis en Frézier, après que la famille fut revenue faire souche en Savoie. »

L'incroyable de l'anecdote résonne jusque dans la physionomie de Frézier: son nez.

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Pas une chose sur notre planète, je vous assure, ne ressemble autant à un nuage qu'une île. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Il y aussi le petit nuage collant. Il reste dans un trou tout le jour, ou se tapit dans un coin de pâturage, et il suce une brebis, à fond. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Cette forêt est chauffée. Immense appartement. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Il n'en garde pas moins son idée, qui est profonde et largement ramifiée. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Il y avait à ce moment-là dans cette région un oiseau déboucheur de bouteilles. Son chant n'est pas bien long. D'abord un son de préparation, puis, rrap... vous faisait sauter le bouchon de la bouteille et le liquide se répandait en bourdonnant. Ce qui était surtout bien imité, c'était l'arrachement du bouchon: on sentait le vide après, et l'air qui rentrait dans le goulot.(...) Cette forêt où pétait de tous côtés le champagne était étonnante. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « On entra dans le courant comme dans un engrenage. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Des gouttes de sang tombent du hamac placé au-dessus de moi... Ca c'est le danger des vampires... Quand on a été piqué une fois, ils vous reconnaissent entre tous et c'est vous qu'ils veulent. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Il y a aussi dans l'eau un petit poisson charmant, gros comme un fil de laine, joli, transparent, gélatineux. Vous vous baignez, il vient à vous, et cherche à vous pénétrer. Après avoir sondé au plus sensible, avec beaucoup de délicatesse, (il adore les orifices naturels) le voilà qui ne songe plus qu'à sortir. Il revient en arrière; mais reviennent en arrière aussi et se soulèvent malgré lui une paire de nageoires-aiguilles. Il s'inquiète, s'agite et tâchant de sortir ainsi en parapluie ouvert, il vous déchire en d'infinies hémorragies. Ou l'on arrive à empoisonner le poisson, ou l'on meurt. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « Dès que dans l'eau se répand du sang, si peu que ce soit, viennent les caneros, pas bien plus grands que des sardines, nombreux comme elles, mais voraces et forts, vous emportent le doigt d'un coup. Pour un homme ou une femme de soixante kilos, il leur faut environ dix minutes. On n'a jamais retiré un cadavre de l'Amazone. »

Lu dans Ecuador, de Henri Michaux: « On avance ici comme des policiers. Et rien que pour s'asseoir, il faut prendre des précautions de laboratoire. Au lieu qu'en Europe, on peut s'abandonner à la nature, vivre de plain-pied avec elle. Quant à avoir ici sa propriété... Et puis? Le serpent vient vous tuer chez vous. »

Renversé plein de café sur mon exemplaire de bibliothèque d'Ecuador de Henri Michaux.

mardi 10 avril 2012

BRIMBORIONS EN FORME D'ESCARGOTS

Chez Mikel. « J'ai écrit à l'ONF pour protester quand ils ont numéroté les arbres, là-bas», dit-il en montrant le bord de l'eau. «Alors j'ai dit, puisque c'est comme ça, je vais numéroter les escargots de mon jardin.»

« Quand j'en attrape un, s'il est blessé ou mal en point, je le soigne. Puis je le numérote. »
Sur son carnet, jour après jour, les numéros de ceux qu'il a croisés, les nouveaux, ceux qui sont morts. 892, 1724, 2542...

Il me montre la « nécropole ». Des coquilles vides toutes numérotées. « Je change de couleur tous les 100 environ. Pour le moment, c'est noir sur fond bleu. »

« Tu as commencé quand? » « Il y a dix ans. » « Combien tu en as numérotés depuis? » « Environ 6000 ».

Lu: On a retrouvé le jardin d'Eden au Kazakhstan.

Les montagnes d'Almaty, ou Tian Shan, ou montagnes "célestes" cachent des "forêts d’arbres monumentaux pouvant atteindre plus de 30 m de haut, entrelacés de lianes et croulant sous une abondance de fruits".

Ce sont les ancêtres de nos pommes, des pommes préhistoriques.

Les pommes d'Almaty: "Certains fruits ont la chair rouge et des arômes « de rose, de banane ou de framboise »"

Les pommes d'Almaty: "Une saveur incomparable que l’on doit aux ours"

Mikel Chaussepied a reçu cette pub dans sa boîte aux lettres: « Monsieur Chaussepied, nous vous offrons une paire de chaussures gratuites. »

BRIMBORIONS DE PAQUES

Chez le peintre Mikel Chaussepied, qui veut faire mon portrait. Il m'a dit: « J'habite au Relecq-Kerhuon, derrière le Ciel. » Le Ciel, c'est le Centre international des langues. Je confonds avec le Crédit Mutuel et je me perds.

Chez Mikel Chaussepied, il me montre un portrait d'auteur qu'il a fait, Louis Hémon. Le nom me dit vaguement quelque chose. Il me dit: « Il a écrit le livre le plus vendu au monde après la Bible. » C'est Maria Chapdelaine.

Sur les murs de l'atelier de Mikel Chaussepied, des araignées peintes un peu partout, le portrait d'un général, d'un capitaine de vaisseau de ses ancêtres envoyé en Haïi à l'époque de Toussaint Louverture et du roi Christophe.

Dans son jardin, une fontaine bretonne que son père a sauvée. Devant, une tête de Christ décapitée par les sans culottes.

Il me montre aussi un arbre qu'il a ramené de Patagonie. « C'est l'Arbre de feu. »

Je travaille avec Olivier Balez sur une BD autour de Dominique A. On le rencontre en Janvier au théâtre de la Ville de Paris. Il nous avoue sa passion récente pour Bob Morane (la BD). A l'instant de lui envoyer la première planche par mail, je reçois ce spam: « Rencontre avec Henri Vernes: près d'une heure d'entretien avec le père de Bob Morane. »

Concert de Daniel Johnston à Nantes. Jad Fair, en première partie, plie le manche de sa guitare.

Salué Jad Fair à la sortie de son concert (on l'avait invité au Festival Invisible). Je lui demande des nouvelles de sa guitare. Il dit: « I've got a rubber band. ». Il me montre l'élastique qui sert de charnière entre le manche et le reste.

A Nantes, photo d'une maison qui semble avoir fondu, comme un vieux fromage.

dimanche 1 avril 2012

BRIMBORIONS

Cette nuit, j'ai fait un rêve très structuré, avec une histoire et des personnages, et un degré de réalisme hallucinant. Je me suis réveillé stupéfait. Impossible de me souvenir.

Je crois qu'il y avait des casques à cornes, des haches et des trucs vikings.

Grondements inexpliqués au-dessus du Finistère. Dans le Télégramme: « Vous avez entendu trois grondements? Témoignez! »

C'était des tirs de missile.

On va au restaurant. Devant l'Eglise Saint Louis, on tombe sur une énorme pancarte menaçante avec écrit en très gros: « Carême»

Rêvé d'une tortue qui vole. La tortue devient une espèce d'avion à l'ancienne, genre Jules Verne. Puis l'avion devient un énorme machin. Des camions, sur la route, se contorsionnent pour le regarder, et carambolent. Plein de camions en boule vont s'encastrer dans le machin, désormais en tôle, qui se déforme sous les chocs, mais les absorbe.

Au Festival de Loperhet, un type avec un t-shirt: « Nous servons le mal. »

Festival de Loperhet, dans le brouhaha, entendu à la volée: « C'est un peu une vengeance parce que je suis ardéchois. »
Festival de Loperhet: un type déguisé en batman lit un magazine sur les chevaux.

dimanche 25 mars 2012

BRIMBORIONS DE CROLLES (entre autres)


Chez la coiffeuse, elle me dit en plaisantant: “Il paraît qu'en 2012, c'est l'Apocalypse!”

Puis elle ajoute, soudain sérieuse: “Non, moi je n'y crois pas, il y aura juste des tsunamis, des petites catastrophes comme ça...”

Et elle conclue: “Remarquez qu'ici, ça va, on est en hauteur, on sera protégés des vagues.”

Clermont-Ferrand. Dormi 4 heures. Le taxi était à l'heure. Il grogne contre te TGV, qui ne passe pas par Clermont. « A la radio, ils ont dit pour 2030. Des idiots! Faut pas parler si c'est pour dire des conneries pareil. 2030: je serai mort. »

Saint-Etienne de Chateaucreux. A l'étage du TGV. Sur le bord de la voie, quelqu'un a oublié son portable dans sa sacoche. Plus loin, une petite bouteille d'eau.

Finalement, le portable a disparu. La bouteille est toujours là.

Entre Clermont et Saint-Etienne de Chateaucreux, le contrôleur n'arrête pas de lancer des alarmes: « on va avoir 15 mn de retard. » « En raison d'un mouvement social, nous nous arrêterons aussi en gare de xxx, de yyy. » « Notre retard totalise plus de 20mn... pour l'instant. » Finalement, on arrive à l'heure.

A Crolles, bibliothèque au pied d'une immense falaise. Derrière, entre deux, l'énorme Dent de Crolles, montagne. Le soir, je montre la falaise du doigt: « Il y a des gens qui habitent là-haut? »

La libraire: « Oui, moi. » « Et ça ressemble à quoi? De la lande? » « C'est très variable. C'est assez particulier, c'est le massif de la Chartreuse. Il y a le monastère des Chartreux. Ils ont fait voeu de silence. Des fois on les croise, avec leur capuchon, en train de cueillir des plantes ou des champignons. »

Dans la Chartreuse, alcool local, il y a plus de 70 plantes diférentes, me dit-on. La libraire me glisse: « Il paraîtrait même qu'ils y mettent des champignons hallucinogènes. »

« Les cueilleurs ne connaissent pas la recette, qui est secrète. Chacun ne s'occupe que d'une partie des ingrédients... »

Dans Mazout, je lis une interview d'un rockeur nommé Imperial. Il parle de Sam, qui est mort, en expliquant que son morceau préféré, c'était « Cast iron arm », alors que ça aurait dû être « Switchblade Sam ». Le lendemain, en voiture, j'écoute la compilation Rockin' Bones et, juste après « Cast iron arm », paf, « Switchblade Sam ».

Dans le train, je croise Guy Darol. On discute de Wild Man Fischer. Il dit: « Il a inventé plein de trucs, mine de rien, Wild Man Fischer. L'air guitar par exemple. »

Dans les coulisses du Théâtre de la Ville, un autocollant CGT, avec le masque de pulcinella.

Pour rentrer dans les coulisses du théâtre d'Angoulême, je suis obligé de ruser. Les filles à l'entrée sont désagréables, je ne suis pas sur la liste. J'ai beau leur dire que j'ai scénarisé le concert de dessin, rien à faire. Du coup, je me faufile à l'étage, et Jean-Louis Tripp me fait passer dans les coulisses.

Le lendemain et le surlendemain, je me glisse en douce dans les coulisses. Ca marche à chaque fois.

Dans les coulisses du théâtre d'Angoulême. Encore un autocollant avec masque pulcinella CGT. Après, je me retrouve dans une obscurité totale, derrière le rideau. Je marche au ralenti. Je frôle le rideau. Je ne vois absolument rien. J'entends ma respiration. Grosse émotion. Très intense.

Je poste une note de blog sur Adrian Lloyd, le chanteur/hurleur de Lorna, intitulée "comment Adrian Lloyd a inventé le black metal en 1966". Je fouille sur le net. J'apprends qu'il a aussi été batteur de surf. Sur facebook, je découvre qu'il est toujours vivant. Sur une photo, on le voit aujourd'hui, avec ses enfants, dans un parc d'attraction, avec un masque tête de mort.

BRIMBORIONS DE MARS

Rêve plein de paysages superbes. Je suis chez John Trap, dans la lande des Monts d'Arrée: soudain, il y a plein de tours, de clochers baroques, de maisons de bord de mer. Je pars visiter. Un cockpit d'A320 (sans le reste de l'avion, juste la grosse bulle du cockpit), fait des loopings hyper audacieux et du rase-motte à quelques centimètres du sol. Plus loin, on se perd avec Maëlle dans une énorme machine singer coulissante, où l'on ne doit s'aventurer qu'en voiture: on est entrainés par les roulements de la machine, et on manque de se faire écraser. Mais on rit et on s'en sort sans problème. Le panorama est magnifique: un bord de mer tanslucide, avec des golfes bleus. Plus loin, je retrouve Hélène Jonas, qui possède une grande maison, semble épanouie, et a arrêté de fumer.

Au bord du lac Ty-Colo, je regarde passer les cygnes. L'un d'entre eux s'approche, la patte en éventail, et éternue.

Arthur: « Tu sais à quoi ça sert, la planète? A remplir l'espace. »

Dans le métro, un type parle tout seul. Il s'arrête, regarde autour de lui: «Ah oui, c'est vrai, j'oubliais que dans nos sociétés MODERNES, on est pas censé parler tout seul! »

Assis à côté d'une bonne soeur dans le train. Elle compulse un missel. Je regarde de plus près. En fait, c'est une notice pour disque dur.

Appelé le déménageur pour le piano. Il me dit qu'il préfère venir voir de lui-même, et il ajoute sur un ton mystique: « Un piano, c'est toujours une aventure. »

Concert de chansons tombées de la lune à Carhaix. Parmi, les spectateurs, Jean-Rémi Sarraud, un des deux tueurs de l'affaire Valérie Subra.

Je l'ai reconnu parce que je l'ai vu à la télé l'autre jour. Il témoignait à visage découvert pour « expier totalement sa faute. »

A la fin du concert, il achète un dessin à son fils.

Lu. Thoreau, Walden ou la Vie dans les bois: « Je me réjouis de l'existence des hiboux. »

Avant de monter dans le train pour Paris, je pense à No Pilot. Deux heures plus tard, je le croise dans le wagon bar du TGV.