dimanche 28 juin 2009

BRIMBORIONS

Dédicaces à Quimper, assis à côté d'un auteur Breton, Solveig. Elle me montre ses livres, une trilogie celtique avec des loups, et son dernier ouvrage, où elle raconte que sa fille adoptive a rompu avec elle et son mari. Elle me glisse: « J'ai enquêté, et je suis tombée sur une secte satanique. »

Je lui demande de quoi parlent ses livres « celtiques »: elle fait des parallèles entre les dieux celtiques et scandinaves. « Vous parlez de religion? » Elle me lance un regard mystérieux: « Non, d'ésotérisme. »

Dédicace à Lorient. A côté de moi, sur une table, un livre signé Arlette Schlumpf, « Pour l'Amour de Fritz ».

En quittant Lorient, j'achète un jouet, un pivert en bois qui descend tout seul le long d'un bâton en donnant des coups de bec, et je l'oublie sur la caisse automatique du parking souterrain.

On mange des brèdes mafanes chez Gael et Catherine: ce sont des espèces de fleurs malgaches qui anesthésient le palais et électrisent tout l'intérieur de la bouche.

Dans le train pour Nantes, par la fenêtre, une plaque en bronze au-dessus de la porte d'un vieil entrepôt: Chateaulin – Jeanne d'arc, tennis de table.

10 ans de l'Escarbille, l'éditeur de mon premier roman: ils ont monté une yourte sur la place de la Bourse à Nantes. Il fait très chaud, et dans la yourte, on se croirait dans un sauna.

Je dors chez Frédéric Barbe, un auteur de l'Escarbille. Chez lui, le jardin est en friche, une vraie petite jungle. Il l'appelle « son petit écosystème ».

Il me montre les livres qu'il a achetés dans la journée chez un bouquiniste: dans « Les Immémoriaux » de Victor Segalen, il a trouvé de gros papillons séchés coincés entre les pages.

En face de la yourte, un concert de rock chrétien. Je vais voir: les spectateurs sont assis sagement sur l'herbe, mais il y a un type qui se tient devant la scène, les bras en croix, avec des socquettes blanches, un polo et des lunettes d'informaticien.

Il y a aussi une fille qui danse, tourbillonne, saute avec ravissement, entre presque en transe, surtout quand le groupe entonne son refrain: « O Dieu merveilleux! » Elle danse toute seule au milieu de la foule assise.

Devant la FNAC de Nantes, il y a des types qui imitent Michaël Jackson, mort hier. Surtout un type possédé, roux, en complet veston marron.

vendredi 19 juin 2009

BRIMBORIONS

Je reçois un coup de fil de Françoise au sujet de notre projet de chanteur masqué. Je sors cinq minutes après, je prends ma voiture, je roule et j'aperçois un masque de théâtre, tout blanc, qui tourbillonne dans le caniveau, pris dans le vent.

Au Leclerc, une énorme dame envoie sa fille, une créature toute maigre et inquiète, dans un rayon pour chercher un truc. Elle ne trouve pas. La grosse dame lève les yeux au ciel: «Evidemment, tu ne saurais pas voir un éléphant si on te le mettait sous le nez! »

Steven me raconte l'histoire de ce type avec une jambe de bois venu draguer en boîte de nuit et claquer son pécule. Deux filles lui proposent une partie de jambe en l'air. Au dehors, elles lui cassent une bouteille sur la tête, lui dévissent la jambe, prennent l'argent et jettent la prothèse dans un buisson.

Steven me raconte aussi l'histoire de ces deux filles complètement bourrées qui ont fracturé à coup de parpaing la devanture d'un magasin d'articles nuptiaux, ont enfilé des robes de mariées et ont été pincées par les flics, en costume, avec un mannequin sur le dos, 500 mètres plus loin.

Au tribunal, elles ont déclaré: « On voulait être des princesses. »

Rêve confus avec des machines volantes et de la bière en gelée.

mardi 16 juin 2009

BRIMBORIONS


Sur la devanture de Speedy Pizz, un tag révolutionnaire: « Les pizzas remplissent un vide beaucoup plus profond. »

Journées portes ouvertes d'Ifremer: on emmène Arthur voit les monstres marins dans des bocaux.

Alors que je suis accroupi devant une vitrine pour regarder un serpent dans une coupelle, on me colle une feuille de questionnaire sous les yeux, et une voix crispante claironne: « Alors, vous avez répondu à la question 3? »

Je lève les yeux, c'est une fille avec un T-Shirt « Portes ouvertes », au sourire exagéré, avec des étoiles de pure zèle dans les yeux. Elle brandit un questionnaire pour stimuler les visiteurs. Elle insiste: « Avez-vous répondu à la question 3? Où est l'intrus dans la vitrine? »

Glacial, je lui demande: « C'est obligatoire? » Elle insiste: « C'est le serpent bien sûr! » Puis, sentencieuse: « Il n'y a pas de serpent dans les abysses. »

Elle revient à la charge: « Et où est le deuxième intrus, hein? » Je manque de lui dire: « C'est vous », mais je me ravise. Et elle éclate, solaire: « Les algues bien sûr! Pas d'algues dans les abysses, car pas de photosynthèse! »

Et au moment où je réussis enfin à m'éloigner, croyant lui faire lâcher prise, elle braille: « Et la question 1, vous avez répondu à la question 1? »

Les abysses, finalement, c'est une idée: pas de serpent, pas de photosynthèse, pas de questionnaire, pas de pasionaria.

dimanche 14 juin 2009

BRIMBORIONS

Discussion avec Stiven. Il me raconte qu'un romancier qu'il connaît avait tellement bâclé son roman que le héros, qui s'appelait Gomès, s'est trouvé rebaptisé Gonzalès à la moitié du livre.

Yoann me dit: « Je suis tombé en panne de bagnole devant le Vauban, j'étais tellement énervé que j'ai filé chez Mercier Musiques et que je me suis acheté un violon. »

Raymond me raconte son voyage en Egypte, et comment il a passé la nuit dans une chambre mortuaire au coeur d'une pyramide.

Raymond: « Déjà que c'est flippant d'être enfermé, en plus, la nuit, les pyramides, ça bouge, ça travaille. »

Raymond: « A l'époque, il y avait une salle de gym qui faisait ça à Brest: des caissons où on était coupé du monde extérieur. Pas de sensations, juste le cerveau qui tourne à plein régime. Le patron de la salle était épaté: pour tester son caisson, pas un sportif, que des gens qui voulaient faire une expérience. »
Il y a un type, Paul Horn, qui a enregistré un disque de flûte dans la chambre du Roi de la grande pyramide de Khéops. Je crois qu'il voulait faire une sorte de musique sacrée apaisante. C'est raté. D'habitude, on ajoute de la reverb artificielle sur un disque pour lui donner de l'air. Là, la reverb est naturelle, et écrase l'auditeur au fond d'un caisson d'angoisse.

jeudi 11 juin 2009

BRIMBORIONS


La bible ne fait pas le moine.

Un élève me dit: « Louis XVI, c'était rien qu'un égoïste. Même le jour du 14 Juillet, il l'avait pas marqué sur son agenda. »

A Morlaix, je vois passer un camion frigorifique: « Charcutier à l'ancienne: Les Fumets de l'Arrée. »

Chez Gaël pour faire de la musique avec Jacques Pellen. Jacques parle du groupe dans lequel il jouait dans les années70, et dont il a retrouvé un enregistrement. Il nous raconte que les types composaient au pendule.

Jacques me dit: « J'habite un lieu-dit, Mez Ankou. Ca veut dire "La maison de l'Ankou". Les voisins ne le savent pas: ce sont tous des français. Et les bretons du coin ne veulent pas en parler. »