lundi 14 décembre 2009

mardi 24 novembre 2009

BRIMBORIONS DE NOVEMBRE

Arthur me parle d'un être qu'il a inventé, qui s'appelle le Jembachtaouti.

Rêve québécois confus, avec un sabre japonais.

Repos dans la forêt. On regarde les branches dans le ciel: Arthur dit: « On dirait une pâte d'arbre. Un homme roulé en boule collé dans le ciel. »

Au musée des Beaux-Arts, Arthur regarde un tableau représentant Salomé recevant la tête de Saint Jean Baptiste sur un plateau. Il éclate de rire: « Oh, n'importe quoi, ils font un goûter de tête! »

A Brest, la rue Erik Satie s'appelle rue Erik Satié.

Foire aux reptiles sur le port de commerce: je me promène entre les vivariums avec Arthur. Je vois un gros serpent albinos roulé en boule. Je commence à me sentir mal.

Vivarium vide. La pancarte stipule pourtant: « Cobra à lunettes albinos ». J'ai beau fouiller: pas trace de serpent là-dedans. Je me mets à regarde autour de moi discrètement, pour voir si un cobra à lunettes albinos n'est pas en train de se promener sur la moquette.

En moment de monter dans la voiture, j'entends un sifflement, sursaute: c'est un moteur de voiture au loin.

Je démarre. Arthur crie: « Papa, un cobra! » Je sursaute: « Où ça? ». Il précise: « Peint, là, sur le camion. »

Le disque vert est sorti. Je descends à Quimper pour une interview sur RBO. Avant d'entrer sur le parking de la tour d'Auvergne, la voiture se met à faire un vacarme terrible.

Je prends un ticket pour le parking. En me penchant pour l'attraper, ma montre tombe et se casse.

Après diagnostic, la bagnole aussi est foutue.

Sur RBO, l'animateur Michel Pagès me dit:"vous écrivez des chansons, des livres, des BDs, vous ne seriez pas mécanicien en plus?" Je lui réponds qu'il ne croit pas si bien dire et que j'aimerais bien.

L'assurance m'envoie un taxi pour rentrer à Brest. Le chauffeur est très fin et un peu philosophe: il s'enthousiasme pour tout, les progrès de la génétique, l'internet, l'avenir de l'humanité. C'est fou ce qu'un chauffeur de taxi peut vous détruire ou vous remonter le moral.

dimanche 28 juin 2009

BRIMBORIONS

Dédicaces à Quimper, assis à côté d'un auteur Breton, Solveig. Elle me montre ses livres, une trilogie celtique avec des loups, et son dernier ouvrage, où elle raconte que sa fille adoptive a rompu avec elle et son mari. Elle me glisse: « J'ai enquêté, et je suis tombée sur une secte satanique. »

Je lui demande de quoi parlent ses livres « celtiques »: elle fait des parallèles entre les dieux celtiques et scandinaves. « Vous parlez de religion? » Elle me lance un regard mystérieux: « Non, d'ésotérisme. »

Dédicace à Lorient. A côté de moi, sur une table, un livre signé Arlette Schlumpf, « Pour l'Amour de Fritz ».

En quittant Lorient, j'achète un jouet, un pivert en bois qui descend tout seul le long d'un bâton en donnant des coups de bec, et je l'oublie sur la caisse automatique du parking souterrain.

On mange des brèdes mafanes chez Gael et Catherine: ce sont des espèces de fleurs malgaches qui anesthésient le palais et électrisent tout l'intérieur de la bouche.

Dans le train pour Nantes, par la fenêtre, une plaque en bronze au-dessus de la porte d'un vieil entrepôt: Chateaulin – Jeanne d'arc, tennis de table.

10 ans de l'Escarbille, l'éditeur de mon premier roman: ils ont monté une yourte sur la place de la Bourse à Nantes. Il fait très chaud, et dans la yourte, on se croirait dans un sauna.

Je dors chez Frédéric Barbe, un auteur de l'Escarbille. Chez lui, le jardin est en friche, une vraie petite jungle. Il l'appelle « son petit écosystème ».

Il me montre les livres qu'il a achetés dans la journée chez un bouquiniste: dans « Les Immémoriaux » de Victor Segalen, il a trouvé de gros papillons séchés coincés entre les pages.

En face de la yourte, un concert de rock chrétien. Je vais voir: les spectateurs sont assis sagement sur l'herbe, mais il y a un type qui se tient devant la scène, les bras en croix, avec des socquettes blanches, un polo et des lunettes d'informaticien.

Il y a aussi une fille qui danse, tourbillonne, saute avec ravissement, entre presque en transe, surtout quand le groupe entonne son refrain: « O Dieu merveilleux! » Elle danse toute seule au milieu de la foule assise.

Devant la FNAC de Nantes, il y a des types qui imitent Michaël Jackson, mort hier. Surtout un type possédé, roux, en complet veston marron.

vendredi 19 juin 2009

BRIMBORIONS

Je reçois un coup de fil de Françoise au sujet de notre projet de chanteur masqué. Je sors cinq minutes après, je prends ma voiture, je roule et j'aperçois un masque de théâtre, tout blanc, qui tourbillonne dans le caniveau, pris dans le vent.

Au Leclerc, une énorme dame envoie sa fille, une créature toute maigre et inquiète, dans un rayon pour chercher un truc. Elle ne trouve pas. La grosse dame lève les yeux au ciel: «Evidemment, tu ne saurais pas voir un éléphant si on te le mettait sous le nez! »

Steven me raconte l'histoire de ce type avec une jambe de bois venu draguer en boîte de nuit et claquer son pécule. Deux filles lui proposent une partie de jambe en l'air. Au dehors, elles lui cassent une bouteille sur la tête, lui dévissent la jambe, prennent l'argent et jettent la prothèse dans un buisson.

Steven me raconte aussi l'histoire de ces deux filles complètement bourrées qui ont fracturé à coup de parpaing la devanture d'un magasin d'articles nuptiaux, ont enfilé des robes de mariées et ont été pincées par les flics, en costume, avec un mannequin sur le dos, 500 mètres plus loin.

Au tribunal, elles ont déclaré: « On voulait être des princesses. »

Rêve confus avec des machines volantes et de la bière en gelée.

mardi 16 juin 2009

BRIMBORIONS


Sur la devanture de Speedy Pizz, un tag révolutionnaire: « Les pizzas remplissent un vide beaucoup plus profond. »

Journées portes ouvertes d'Ifremer: on emmène Arthur voit les monstres marins dans des bocaux.

Alors que je suis accroupi devant une vitrine pour regarder un serpent dans une coupelle, on me colle une feuille de questionnaire sous les yeux, et une voix crispante claironne: « Alors, vous avez répondu à la question 3? »

Je lève les yeux, c'est une fille avec un T-Shirt « Portes ouvertes », au sourire exagéré, avec des étoiles de pure zèle dans les yeux. Elle brandit un questionnaire pour stimuler les visiteurs. Elle insiste: « Avez-vous répondu à la question 3? Où est l'intrus dans la vitrine? »

Glacial, je lui demande: « C'est obligatoire? » Elle insiste: « C'est le serpent bien sûr! » Puis, sentencieuse: « Il n'y a pas de serpent dans les abysses. »

Elle revient à la charge: « Et où est le deuxième intrus, hein? » Je manque de lui dire: « C'est vous », mais je me ravise. Et elle éclate, solaire: « Les algues bien sûr! Pas d'algues dans les abysses, car pas de photosynthèse! »

Et au moment où je réussis enfin à m'éloigner, croyant lui faire lâcher prise, elle braille: « Et la question 1, vous avez répondu à la question 1? »

Les abysses, finalement, c'est une idée: pas de serpent, pas de photosynthèse, pas de questionnaire, pas de pasionaria.

dimanche 14 juin 2009

BRIMBORIONS

Discussion avec Stiven. Il me raconte qu'un romancier qu'il connaît avait tellement bâclé son roman que le héros, qui s'appelait Gomès, s'est trouvé rebaptisé Gonzalès à la moitié du livre.

Yoann me dit: « Je suis tombé en panne de bagnole devant le Vauban, j'étais tellement énervé que j'ai filé chez Mercier Musiques et que je me suis acheté un violon. »

Raymond me raconte son voyage en Egypte, et comment il a passé la nuit dans une chambre mortuaire au coeur d'une pyramide.

Raymond: « Déjà que c'est flippant d'être enfermé, en plus, la nuit, les pyramides, ça bouge, ça travaille. »

Raymond: « A l'époque, il y avait une salle de gym qui faisait ça à Brest: des caissons où on était coupé du monde extérieur. Pas de sensations, juste le cerveau qui tourne à plein régime. Le patron de la salle était épaté: pour tester son caisson, pas un sportif, que des gens qui voulaient faire une expérience. »
Il y a un type, Paul Horn, qui a enregistré un disque de flûte dans la chambre du Roi de la grande pyramide de Khéops. Je crois qu'il voulait faire une sorte de musique sacrée apaisante. C'est raté. D'habitude, on ajoute de la reverb artificielle sur un disque pour lui donner de l'air. Là, la reverb est naturelle, et écrase l'auditeur au fond d'un caisson d'angoisse.

jeudi 11 juin 2009

BRIMBORIONS


La bible ne fait pas le moine.

Un élève me dit: « Louis XVI, c'était rien qu'un égoïste. Même le jour du 14 Juillet, il l'avait pas marqué sur son agenda. »

A Morlaix, je vois passer un camion frigorifique: « Charcutier à l'ancienne: Les Fumets de l'Arrée. »

Chez Gaël pour faire de la musique avec Jacques Pellen. Jacques parle du groupe dans lequel il jouait dans les années70, et dont il a retrouvé un enregistrement. Il nous raconte que les types composaient au pendule.

Jacques me dit: « J'habite un lieu-dit, Mez Ankou. Ca veut dire "La maison de l'Ankou". Les voisins ne le savent pas: ce sont tous des français. Et les bretons du coin ne veulent pas en parler. »

jeudi 28 mai 2009

BRIMBORIONS

J'ai rêvé que je passais une frontière, malgré les mises en garde d'un militaire, et que j'arrivais dans un pays inquiétant, où un tortionnaire brisait les doigts des gens, et où on trouvait partout des orvets et des cécilies. J'étais là pour acheter des planches originales de Munoz.

Pour une fois, je peux démonter le mécanisme du rêve: hier soir, j'ai lu plusieurs chapitres de Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami, où il était question d'un tortionnaire de chat (une scène épouvantable) et d'Adolf Eichmann (voilà pour le côté pays fasciste inquiétant). Je suis en train de travailler sur un projet de BD avec Olivier, et ça m'accapare totalement, d'où les planches. Olivier vit au Chili, d'où l'Argentine de Munoz, associée à l'Allemagne nazie (Un autre dessinateur argentin, Albert Breccia, a eu des problèmes avec la dictature militaire). Et enfin, je lis ces temps-ci à Arthur des livres sur les batraciens, les reptiles, d'où les orvets et autres.

Mais ça ne m'avance pas tant que ça, finalement, d'avoir démonté le mécanisme du rêve. Je suis comme un type devant un réveil en pièces qui ne marche plus.

De l'autre côté de la rue, sur un mur, à côté des tags, un dessin d'oeil Egyptien.

mercredi 27 mai 2009

BRIMBORIONS

Arthur a été puni à la Garderie. Je lui demande pourquoi. Il me répond: « Parce que mon copain a dit qu'un train avait des narines! »
« Et ensuite? »
« Ensuite, il a dit qu'un train avait des yeux. »
« Et ensuite? »
« Ensuite, il a dit qu'un train avait une bouche. »
« Et ensuite? »
« Ensuite, il a dit qu'un train avait des oreilles. »
« Et ensuite? »
« Ensuite, il a dit qu'un train avait un front. »
« Et ensuite? »
« Ensuite, c'est tout. »

A Morlaix avec Laurent. Le type de la reprographie nous dit: «L'autre jour j'avais un client complètement bourré. Il voit passer des noirs dans une voiture devant la boutique, il les insulte. Puis il rentre et me jette un paquet de feuilles sous le nez, à photocopier. Je l'ai chassé. Le lendemain, il est revenu en s'excusant, parce qu'il avait oublié chez moi un sac plein de sous-bocks. »

De retour de Morlaix, quatre fourgons gris métallisés et banalisés passent en trombe sur la file de gauche. Le premier émet une petite sirène d'alarme hypermoderne, et des diodes bleues s'allument à travers son pare-brise. Les vitres sont fumées. Ils foncent en obligeant les voitures à se rabattre sur la file de droite. Ils sortent à Landerneau.

dimanche 24 mai 2009

BRIMBORIONS DE MAI


A la piscine de Recouvrance, une voix d’enfant dans les cabines : «Papy, j’ai des rides ! » Le papy, qui ouvre son casier : «C’est normal, c’est l’eau, ça s’infiltre dans les chairs, ça les creuse, et puis ça les disloque et ça les sépare. A la fin, elles tombent toutes seules. »

Epouvantail radical : sur la route de Charente, un corbeau pendu par les pieds au-dessus d’un champ de fraisiers.

Arthur avant de s’endormir : « C’est un tout petit monstre qui répond au téléphone et qui vit dans une caverne, et personne ne peut l’attraper, et personne ne connaît son nom. »

Au bord de la Charente, le soir, concert de grenouilles: des gloussements, des discussions et des bruits monstrueux. J'imagine tout ce peuple de commères entassé dans les marécages huileux, avec quelques vipères silencieuses qui glissent entre elles.

Ce matin, j’ouvre les yeux puis je les referme, je rêve d’une grande femme nue et mince, qui passe dans la chambre, dans le décor qui est resté imprimé sur ma rétine.

Au château de Nieul, je photographie toutes les affiches publicitaires exposées, pour le projet que j'ai avec Olivier Balez. Des publicités pour des alcools oubliés ou des fantômes.

dimanche 17 mai 2009

BRIMBORIONS


Je termine le disque vert. J'en ai plein le dos à un degré cosmique.

Finalement, c'est ça le plus difficile: terminer. Et je ne fais que ça depuis quelques temps. J'ai hâte de commencer.

Acheté un coffret Méliès sur internet. Au moment de payer, il est précisé: « Voulez-vous être tenu au courant de l'actualité de ce réalisateur? »

6 heures du matin. Encore à demi endormi, j'entends quelqu'un qui fait des pointes de vitesse dans la rue, puis des dérapages sous le pont, revient, redérape. J'imagine qu'il s'agit d'un scooter et comme ma conscience morale est-elle aussi à demi endormie, je me prends à espérer qu'il se prenne un des piliers du pont.

Plus tard, un vacarme dans la rue, et quelque cris, des coups contre des poubelles, ou des voitures. J'espère que ce n'est pas la mienne. Je n'arrive toujours pas à me réveiller. Je replonge.

Au réveil, il apparaît qu'il s'agissait d'une petite voiture, que le type a abandonnée borgne d'un feu arrière, après avoir embouti en fin de course une autre bagnole.

jeudi 7 mai 2009

BRIMBORIONS

Rêvé que je me possédais un train/wagon, dans lequel je me déplaçais, suivant les rails, mais je finissais par me lasser des parcours imposés et par céder mon véhicule à la SNCF, contre un paquet de bonbons.

Avec Arthur, on sort du chemin qui passe dans les sous-bois à Launay, et on tombe sur un serpent, une vipère sans doute, lovée sur le bitume. Elle nous avise et, lentement, se déplie et disparaît dans un trou du talus.

C'était un serpent blanc, un peu argenté, et très beau. Mais on a tout de même hurlé, Arthur et moi.

Du coup, on a construit une sorte de totem avec des cailloux et un coquillage.

Rêvé que je visitais une sorte d'exposition, ou un grand bâtiment, où les gens se pressaient et faisaient des commentaires. Les marches de l'escalier se rétrécissaient et, pour finir, il fallait passer dans une lucarne au plafond, si étroite que j'avais peur que même mon crâne ne passe pas.

En ce moment, je passe du temps sur le site de Julian Cope, rock star, spécialiste des mégalithes, chaman, acid freak végétarien et païen jusqu'à l'os, écrivain passeur responsable d'avoir initié les néophytes au krautrock, au rock japonais, et même d'avoir réussi à me persuader qu'il y avait de bonnes choses à piocher dans le hard-rock. Ca fait beaucoup pour un seul homme.

mardi 28 avril 2009

BRIMBORIONS

Photo extraite de "40 ans de Rock à Brest"

A l'hôtel Vauban, discussion avec Charles, le patron. Il raconte que son père a longtemps fermé la salle de concert au sous-sol. Il ne voulait pas que Charles l'ouvre à nouveau, pour ne pas qu'il « gâche sa vie ». Charles a ouvert la salle, et il reconnaît qu'il y a laissé beaucoup, d'énergie, de temps, et de vie.

Il se souvient, enfant, de Soft Machine au Vauban, « des types habillés tout en noir ».

Il se souvient des flics qui stationnaient le Dimanche, pendant le bal de la Redoute, devant l'hôtel. L'un d'eux avait juré d'avoir la peau de son père. Lui, gamin, il goûtait dans une pièce où ils entreposaient les types saouls, par terre, en vrac.

Puis son père et ses hommes de main les chargeaient dans leur camion, sortaient par derrière pour éviter les flics, et les ramenaient chez eux.

Chez Phil Artero, ancien de la Sacem et acteur dans Comment je suis devenu un guerrier Mouktar: il me raconte que lui aussi a fait venir Magma à Brest, dans les années 70, avec son asso. « Et aussi Can, avec le japonais, et Guru Guru, et Agitation free, et Tangerine Dream. »

Phil Artero: « A la fin, on a organisé un festival dans le théâtre de verdure de Huelgoat, et puis on a arrêté. »

Il se souvient aussi d'un concert de Nico au Stella à Lambézellec, période Marble index/Desertshore. « J'étais allé la chercher à l'aéroport, avec son petit harmonium. »

vendredi 17 avril 2009

BRIMBORIONS

Salle d'attente chez le docteur. Deux types se serrent la main. «T'habites où, déjà? » «Juste à côté des Bahamas.» Les Bahamas, c'est le bar-tabac du quartier Bellevue.

Le premier type reprend: «T'es venu en voiture?» L'autre :«T'es fou, j'suis venu à pieds. Je peux plus conduire avec la morphine.»

Souvenirs du Festival Invisible: on joue avec Damo Suzuki, le chanteur de Can. Il rencontre des groupes comme ça, au hasard de ses pérégrinations, et joue avec eux au débotté. Il a bien insisté pour qu'on ne répète pas («I like instant composing»). Je mange en face de lui. Il prend en photo les plats qu'on lui apporte. Il a un préréglage «food» sur son appareil photo.

Damo Suzuki fait la sieste avant le concert. Je le réveille. Il remercie courtoisement, monte sur scène après quelques recommandations («vous faites un peu de bruit, je saute à pieds joints et vous pouvez envoyer le morceau – un seul morceau.»). Là, il se déchaine: 47 minutes de psalmodies, d'incantations, de transe. Puis il va dans la foule, serre la main à tout le monde, retourne dans son fauteuil et se rendort.

A Paris, je me promène dans le quartier de la Butte, et je vois une plaque: «La Providence – Sonnez, et entrez sans attendre».

dimanche 15 février 2009

BRIMBORIONS

Je fais un cauchemar: je suis allongé dans une tente, quelque part. J'entends un bruit de voiture qui s'arrête. Une porte claque. Quelqu'un s'approche de la tente. Puis pousse un grognement bestial. Je pousse un cri et j'ai le sentiment de partir en arrière, projeté jusque dans mon lit, où je me réveille.

Fait un rêve bizarre. Je suis en Amérique, quelque part sur un marché, et j'observe, en gros plan, un oeuf sur le plat qui se scinde en cinq autres oeufs, qui se réunissent ensuite pour n'en former plus qu'un, et ainsi de suite. Et je me dis que ça forme comme une étoile à cinq branches.

Je suis garé en double file parce que j'attends Maëlle qui est partie acheter un truc. Un piéton passe à ma hauteur et manque de de se prendre la porte des toilettes publiques payantes, qu'un autre type ouvre de l'intérieur. Il l'évite, s'engage sur le passage clouté, et une voiture pile pour le laisser passer. Plus tard, alors que j'ai redémarré et que je roule rue Danton, il surgit d'entre deux voitures et je manque de l'écraser.

A la bilbiothèque: un gros type arrive et tient la jambe à la bibliothécaire en lui faisant le récit circonstancié de chacune de ses lectures. Rien ne trouve grâce à ses yeux. « Illisible », « nul », « repose sur une idée, tenez-vous bien, une idée impossible, inimaginable même, qui ne peut en aucun cas se produire! Et bien il l'a fait quand même, je me demande pourquoi les éditeurs ont accepté de publier ce tissu... » « Vous l'avez lu jusqu'au bout? » « Ah ben oui, je voulais voir jusqu'où il aurait l'audace d'aller! Et ben il continue! Jusqu'au bout! »

Suis passé devant une plaque: « Docteur Gagnioncle. » Et ce nom m'est resté toute la journée.

J'ai vu une ancienne élève dans la rue. Elle n'a pas l'air très assurée sur ses talons. Elle marche, hésite, entre dans un tabac, en ressort. Elle cherche, avise une plaque sur un mur, sonne et entre.

En partant, je passe devant la plaque et j'y jette un regard distrait. C'est marqué: « Docteur xxx, psychiatre. »

Soirée au Vauban, pour le Festival Mémé tu danses? J, qui a visiblement bu un peu trop, me dit: « Je suis fasciné par les animaux concentrationnaires. J'adore dessiner des oiseaux, surtout en batterie, avec le phénomène de répétition, les reproduire à l'identique, les uns après les autres... » Il ajoute avec des yeux brillants: « J'ai fait un dessin de 80 cm, mais mon rêve, c'est un 10 mètres sur 2! »

Et il ajoute: « Mais c'est juste pour la plaisir du dessin, ça n'a rien de compulsif! »

Après, il me parle des mollusques et du bord de mer. « L'homme n'a aucune utilité dans la chaine alimentaire! Ca fait 10 000 ans qu'on est des parasites! »

Et avant de partir: « Le bruit des moules! Toute l'année, elles sont sous l'eau et là, c'est les grandes marées, elles sont à l'air libre. Elles font des petites castagnettes comme ça: Pop pop pop! »

samedi 31 janvier 2009

BRIMBORIONS

Ronan me dit: « J'ai un brimborion pour toi. Sur une boîte de médicaments pour ma fille, donc pour enfants et nourissons, c'est marqué: évitez surtout de prendre le volant. »

Une autre fois, je reçois un mail de John Trap avec un lien pour télécharger son disque Porn love songs. Je le dis à Ronan, à côté de moi, qui me dit qu'il est justement en train de lire une dépêche sur orange: « Gorge profonde est mort. »

Gorge profonde, c'est l'homme par qui le scandale du Watergate est arrivé. Il y a des gens qui ont de ces surnoms.

Samedi. Je me suis couché très tard, et je suis réveillé à huit heures par un coup de téléphone d'un auteur régionaliste mayennais qui veut avoir des « renseignements sur les éditeurs ». Je reste poli.

A la manif, j'entends un type dans la foule qui scande: « Nous-sommes-tous-des-ongulés! »

Raymond me raconte que quand il était jeune, il a organisé un concert d'Ash Ra Tempel à Brest. Après le concert, il a emmené Manuel Göttshing et Rosi dans un Fest Noz et ils ont fini par monter sur scène.

Il me dit: « Je me souviens, c'était les frères Cariou! » Ash Ra Tempel et les frères Cariou sur la même scène.

Je sors les courses du coffre de ma voiture. Quelqu'un joue de la flûte quelque part. Je cherche un moment d'où ça vient. L'air est humide et vaporeux. J'ai l'impression d'être en Chine.

samedi 17 janvier 2009

BRIMBORIONS: LES CHEULES

Croisé une voiture commerciale: « ETAT DE SIEGE, tapissier, rénovation de chaises, fauteuils, canapés. »

Par la porte, alors que je fume une cigarette dans le couloir, j'entends quelqu'un crier dans la rue: « Mais arrête Brigitte! Mais non, je n'ai pas dit d'obscénités! Me laisse pas comme ça! J'ai rien aux pieds! Mais non, je ne peux pas aller chez mes parents! Ils sont malades! Déjà qu'ils se font du souci à cause de notre situation! Putain, mais tu peux pas comprendre ça, Brigitte? Ouvre-moi! T'es vraiment cinglée! Attention, je vais péter les plombs et ça va rien arranger! Non! Pas mes parents! Bon sang, j'ai 35 ans, je vais pas aller chez mes parents! En plus ils sont malades!!! Me demande pas ça Brigitte! » Puis on entend quelqu'un qui tambourine sur une porte, puis plus rien.

L'été dernier, je suis allé à Eurodisney avec mon fils. Au retour, dans le RER, j'étais assis au milieu d'un groupe de gens. Il y avait là deux asiatiques (une chinoise? Et peut-être un caucasien?) et un autre type . J'ai compris assez vite qu'ils revenaient d'un cours de français. La chinoise et le caucasien cherchaient un peu leurs mots, mais parlaient très bien. Le type à ma droite, lui, était français, mais il s'exprimait bizarrement. A un moment, il dit: « En ce moment, c'est les cheules. » La chinoise lui demande: « Pardon, qu'est-ce que vous avez dit? »
- C'est les cheules!
- Les quoi?
- Les cheules! Les cheules!
La chinoise regarde le caucasien. Il hausse les épaules, ne comprend pas non plus. Elle insiste:
- Je suis désolée, mais je ne comprends pas du tout de quoi vous voulez parler.
Le type s'énerve un peu:
- Mais enfin, si! Les cheules! Vous savez bien ce que c'est, vous êtes dans le commerce, non? Vous les faites pas, vous, les cheules?
- Ah, je ne sais pas.
- Mais si, vous les faites. Tout le monde fait les cheules en France!
- Mais comment l'écrivez-vous?
Il épelle. En fait, il voulait dire « les soldes », mais comme il chuintait et avalait les syllabes, ça donnait les « cheules ».
- Oh, ajoute-t-il pour de dédouaner, je sais que j'ai parfois un petit acchent, mais c'est parce que j'ai travaillé pendant longtemps à l'internachional.

mercredi 7 janvier 2009

BRIMBORIONS

Vu la crèche chez Grand-mère. « Ce sont des santons qui datent de très longtemps, me dit-elle, de quand grand-père était petit. » C'est terrible, la doctrine de la prédestination: le petit Jésus a déjà les bras en croix.

A la déchetterrie du Spernot, une grande pancarte: « Pôle de revalorisation des déchets. »

A la déchetterie du Spernot, je trie ce que je dois balancer, entre la cuve de gravats, celle d'encombrants et celle de ferrailles. Un type qui passe à côté me demande: « Et où est-ce qu'on balance les cadavres »? Il rit avec un air exalté.

J'entre dans une bijouterie à Paimpol. Sur la porte, c'est marqué: « On ne perce ni le nez, ni les oreilles! »

Je regarde le disque de Chadbourne Butterfly garden. C'est joli Butterfly, comme mot, presque plus que papillon, mais en fait ça veut dire « mouche à beurre ».

Discuté avec une voisine. On n'avait jamais parlé. Elle m'a tout sorti d'un coup, les maladies, les cancers, sa famille, ses soucis, son ex, dans un monologue presque inarticulé. Puis elle m'a montré son chien: « Elle au moins elle est gentille. »