dimanche 14 décembre 2008

BRIMBORIONS

Aux transmusicales, je suis allé voir les Residents. Ils étaient tous déguisés en lapins sur scène. Il y avait un guitariste lapin avec des grandes mains, qui jouait des parties de guitare hyper précises, avec un sens de la chirurgie zappaïesque. Je pense que ce n'est pas un membre d'origine: il avait des mains de quarantenaire.
Les Residents ont construit leur légende sur un mystère: personne n'aurait jamais vu leur vrai visage. D'habitude, c'est sous un globe oculaire à haut de forme qu'ils se cachent, ou une tête de mort. Là, c'est des lapins aux yeux phosphorescents.

Personne n'a jamais vu leur visage, mais en transparence, quand ils ont salué la foule, on voyait bien quelque chose, même écrasé sous le bas de cambrioleur qui leur aplatissait le nez et les yeux.

Personne n'a jamais vu leur visage, mais je connais quelqu'un qui se souvient d'avoir pris son petit-déjeuner dans un hôtel parisien, à côté de « vieux américains ». Il ne les a pas vraiment regardés. C'était les Residents.
Personne n'a jamais vu leur visage, et on a longtemps cru que c'était des membres des Mothers de Zappa, ou du Magic band de Captain Beefheart. La rumeur a même couru, au début, que c'était les Beatles qui faisaient ça pour déconner.

Sûrement, leur visage importe peu: ils sont les Residents, c'est tout. Je me demande, quand ils arrivent à un concert, à quel degré de paranoïa ils poussent le curseur. Est-ce que les techniciens voient leur visage? Est-ce que les organisateurs voient leur visage? J'imagine que oui.

Pourtant, Eugene Chadbourne, qui a fait un disque chez Ralph records, le label des Residents, m'a raconté que, le jour où il est allé dans leurs bureaux, il s'est senti très mal, parce qu'il y avait là deux ou trois personnes qui travaillaient normalement, qui se déplaçaient avec des dossiers sous le bras, mais pas de Residents. Il soupçonnait ces employés d'être des faux, mais de jouer la comédie pour le déstabiliser. A un moment, il s'est levé et a crié: « Come on guys! Show who you are! »

En quittant le site des Transmusicales, contrôle de gendarmerie. Là, c'est le gilet du gendarme qui est phosphorescent.

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