lundi 30 juin 2008

BRIMBORIONS 2002 - 2006 (8 et fin)

Je suis dans une salle du collège de K. J’entends un bruit de mèche, puis une sourde explosion dans le lointain. Je me lève, cherchant le panache de fumée. Je me dis qu’un avion s’est écrasé.

Les élèves de M lui ont dit qu’il s’agissait de la carrière d’à côté.

Week end dans les côtes d’Armor : au Fot Braz, on ramasse des pommes pour le cidre.

Dans la grande salle, sur une table, des livres à vendre : un livre sur la pollution électromagnétique, et des lunettes bombées et fragmentées, sans verres mais avec des grilles, un peu comme des yeux de mouche, accompagnées d’une notice d’explication : " Raster-brille, des lunettes pour apprendre à mieux voir. "

Voiture, en route vers Saint Renan, je passe devant la fac de lettres. Il fait nuit. Des jeunes sont disséminés un peu partout, avec des brassards fluorescents et des gilets de travaux publics. Ils regardent les véhicules avec un air étrange. Quand on passe à leur hauteur, lentement, ils portent un petit objet à leur bouche et semblent souffler dedans.

Exposition Amazonie à l’abbaye de Daoulas. Têtes réduites.

Au fond du parc de l’Abbaye, une statue de Dieu érodée. Sur la plaque en dessous : " Personnage énigmatique, datation inconnue. "

Et plus loin, toujours ce Saint Sébastien sans flèches (avec les trous cependant) au visage asiatique.

Arthur tente de bourrer une tasse en plastique avec des lambeaux de papier toilette qu’il compresse avec les mains.

Dans son lit, il tente de faire la même chose en réunissant tous ses nounours dans un seau.

Prix de Carhaix. Discours des huiles : le parrain, directeur du Télé 7 jours, se livre à un discours sur le Celtisme, Amazing grace, Elvis Presley, le whisky, et termine avec Johnny Hallyday.

En me remettant le chèque, le maire me serre la main avec un sourire entendu et me glisse: " Je connais moi aussi bien les établissements brestois. "

Y est toujours accompagné de sa femme, qui le défend bec et ongles contre l’adversité.

Sur la voie express, un renard mort. Arrivé à Brest, un lampadaire claque au moment où je passe dessous.

L’adjoint à la culture a les cheveux blancs. Très cordial. Tout en postures souples, avec sa veste à rayures et carreaux verts : il s’appelle V.

Saint Malo : je quitte Carhaix et récupère Maëlle et Arthur à la gare de Guingamp.

J’ai un bon sens de l’orientation, mais je me perds toujours à Guigamp. De deux choses l’une : soit la ville a une structure labyrinthique, soit leurs panneaux de signalisation posent problème.

Saint Malo : salon de la BD. Obion reçoit le prix ballon rouge.

Saint-Malo. Sur les murs du palais des congrès, une affiche pour un film intitulé " Les 5000 doigts du docteur T ", ou quelque chose comme ça. Sur l’affiche, un type avec un chapeau en forme de gant.

Autre film de série Z, dont j’ai vu le début à l’hôtel Noz Vad de Carhaix : Filles pour le bourreau, avec un acteur à masque rouge et des instruments de torture en carton-pâte.

Vu sur les affichettes de Ouest France ou du Télégramme : " Brest- Un sanglier sème la panique en ville. "

Vu quelques jours après : " Brest-Sedan : Le stade brestois écrase les Sangliers. "

Au CCM, croisé M, guitariste des feu Devil’s Delight et des Lost disciples, l’incarnation vivante du rock’n’roll : cuir, jeans, guitare, oreilles percées par des choses inavouables. Gentil et courtois. Quand il parle, on entend la soufflerie rouillée de sa respiration.

Dans la voiture, je donne à Arthur un morceau du trépied pour guitare. Il le tient à deux mains et m’imite quand je tiens le volant. Avec sa caquette de fourrure synthétique qui lui fait comme un casque, on dirait un petit pilote.

Arthur joue avec la télécommande de la chaîne et comprend soudain qu’en appuyant sur les touches, on peut agir sur le son.

Emeutes dans les banlieues. Des milliers de voitures qui brûlent. Allocution de Chirac à la radio.

La France est complètement à côté de ses pompes : ça fait plusieurs années que ça dure, mais on vient de s’en rendre compte.

L’ancien président du Pérou s’appelait Alberto Fujimori. Le premier ministre actuel s’appelle Pablo Kuczynski.

Affiches en ville : Casse noisette sur glace.

Voiture devant moi : sur la lunette arrière, un petit coffre doré et damasquiné.

Plus loin, à hauteur des halles de Saint Martin, croisé une péruvienne avec un bonnet traditionnel.

Descendus avec Morgan à la Jungle, voir un concert de Mon automatique. Il avait neigé et grêlé toute la journée : au retour, on patinait presque.

Là-bas, croisé G, le petit indien chrétien amateur de metal . Il nous emmène dans sa voiture, et il nous fait écouter le disque de son groupe, Stamina. C’est du metal Technoriental.

Lorsqu’il a fini, il glisse un autre disque dans l’autoradio : c’est Tatu, le groupe de variété russe. Il nous avoue qu’il aime ça. Il l’a acheté à l’Oreille KC, sous les risées : " Ah, c’est sûr ils se sont bien foutu de ma gueule ! "

J’apporte 9 exemplaires de Basile et Massue à la librairie du festival Longueur d’ondes. R me dit qu’au bout de quelques heures, il n’en reste plus que 3. J’en ramène 10 autres le lendemain matin. A la fin de la journée, je récupère le sac des invendus. Je rentre à la maison et je les recompte : il y en a 19.

A Carhaix pour une dédicace dans une librairie. Deux heures d’attente dans le froid et les courants d’air, 3 livres vendus.

Une dame vient, regarde le livre, le palpe un peu et décide de l’acheter. Elle me dit : " L’alcool je connais. Pas moi, mais quelqu’un, dans mon entourage. Ca détruit tout. Remarquez que c’est vrai qu’on s’est marré. Mais on se marre, et tout s’effondre quand même, comme vous dites. "

Un temps mort : " Et au final, voyez, il a fini par en crever. Et moi je suis resté comme ça toute seule. " Elle se dirige vers la caisse.

Puis elle revient et dit : " Et puis il y en a marre de ces universal et des lorie et ces machins. Ils nous disent toujours quoi acheter. J’en ai marre. Je prends votre livre. Je suis comme ça , moi. "

Problèmes de chauffage : Ca turbine en bas dans la cave, mais les chauffages restent glacés.

Monsieur G vient la première fois. Il ne voit pas où est le problème : on a tout mis sur 5, et ça remarche.

Dès qu’on remet sur 3, ça reglace illico.

G revient, il achève de purger mes radiateurs. Il part le cœur léger.

Ca recommence à déconner. G revient avec son chef : une tête de bonze, un ton décalé, calme, spirituel, totalement décalé. Il explique, ausculte, se livre à des aphorismes, désosse la chaudière, et parvient à trouver la panne. " C’est une histoire de clapet, monsieur Le Gouëfflec, un clapet, puis un autre, puis un autre, voyez ? Alors qu’ils auraient pu tout mettre en une seule pièce. Et tout ça s’encrasse et se bloque. "

Depuis il fait chaud.

Reçu un spam : " Your dick is not only for pissing. "

A la banque, un dispositif avec un gros bouton pressoir : " N’appuyez qu’en cas de malaise. "

Reçu un mail/spam pour du viagra intitulé : " déformation inexpugnable. "

Michel Serre à la radio : j’apprends que c’est Fabre d’Eglantine, un poète, qui a inventé les mois du calendrier révolutionnaire. C’est aussi lui qui a écrit : " Il pleut il pleut bergère. "

Les russes coupent le gaz aux ukrainiens. A la radio : " Différend gazier entre la Russie et l’Ukraine. "

J’ai épinglé un planisphère dans les toilettes. Deux endroits pour passer ses vacances : Les Iles du désappointement (Polynésie) et Repulse bay (Baie d’Hudson).

Journée de merde. Coupé les cheveux. Tête de gland.

Je vais voir le principal adjoint dans son bureau pour une histoire de liste de notes. Au moment de partir, il me dit : " Au fait, monsieur Le Gouëfflec… " Et il ajoute : " Fermez la porte… " Il me dit : " Je vais signer un contrat pour un roman policier chez xxx. Je voulais savoir pour les contrats… "

Je lui dis qu’il faut lire les petits alinéas au cas où il connaisse un immense succès international. Il dit " j’aimerais bien, comme ça je pourrai dire que je suis Proviseur adjoint dans le civil ", faisant référence à l’interview que j’ai donnée dans le Télégramme " Arnaud Le Gouëfflec, Artiste et Professeur dans le civil. "

Le proviseur adjoint a des grosses moustaches style brigade du tigre.

Acheté une platine qui lit les 78 tours. J’ai écouté une sorte de chinoiserie par je ne sais plus qui. J’en suis fou. Et j’ai tenté en vain d’écouter " nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried, par Ray Ventura et ses collégiens ", qui saute car le disque est gondolé.

Par contre, " De Metz à Strasbourg ", par le Régiment machin, passe très bien.

J’ai hérité de la grand-mère de Maëlle une pochette pleine de 78 tours de musique militaire.

Dans le même temps, je me suis mis à réécouter du dub. King Tubby.

Bu une ampoule de Passiflore pour mieux dormir.

Reçu un mail intitulé : " miserable Pharasmaceutical "

Le chauffage est en panne. Triste sentiment d’impuissance.

En allant au Géant, je me fais rentrer dedans par une BMW. Pare choc déboîté.

Le type ne veut pas signer de constat, il dit qu’il suffit d’aller dans un garage. Les garages sont tous fermés. Je lui fais signer le constat quand même. Ironie du sort, il s’appelle Bordereaux.

Au dos d’une voiture, un autocollant : " Non, un cheval, ça ne se mange pas ! Comité de lutte contre l’hippophagie. "

Sur un panneau dans la salle des profs, mot rageur écrit au marqueur : " Mardi, 9 heures : Horreur dans les toilettes des adultes ! ! ! ! ! " Horreur est souligné trois fois.

On croise le petit G, le clavier métal chrétien indien, au CCM. Il nous raconte que les parents de sa copine sont passés sur " On a échangé nos mamans " sur M6.

G est assis devant un des ordinateurs du CCM. Il essaye de se connecter sur le site de M6, sur lequel il laisse des messages depuis deux jours. " Il y a de la censure ", dit-il.

Christophe sonorise le groupe de G demain soir à Lampaul. Mais Ronan l’aveugle, un type qui traîne au CCM et qui est réellement aveugle, a pris sur lui de faire une annonce dans le télégramme Magazine, sauf qu’il a situé le concert à Saint Renan.

Travaillé dans mon sommeil par le prix Québec-France : j’ai rêvé que je lisais, nu, dans une maison de la presse, une revue appelée " La ligue du sexe Québécois. "

On vient de découvrir un monde perdu au fond de la jungle de Nouvelle-Guinée : deux oiseaux, entre mille autres bestioles, le Méliphage à tête orange, et le jardinier à front d’or. On avait entendu parler d’eux, mais on ne les avait jamais observés.

Reçu cette proposition d’emploi : " BonjourNous sommes un groupe industrielle fondé depuis 1968, par Joel Bertrand,Notre Compagnies s’engagent à fournir le service de la plus haute qualité de service disponible au plus bas coût possible.Nous arrivons ainsi avec l'attitude de "peut mieux faire",et avec enthousiasme à satisfaire les désirs des clients.Dans le cadre d’un Projet d’investissement dans votre pays, noussollicitons votre personne pour assumer la fonction AdministrateurGénéral de notre future Représentation commerciale et partant depiloter le Projet d’un coût total estimé à $10.209.000 US. Le projet concerne la commercialisation l’Alimentation Générale, l'Hôtelleries et enfin le Transport en commun et l'Agriculture avec l’acheminement de 45 autobus américains de transport en commun et la construction d’une gare routière moderne. En retour nous exportons vers les USA quelques matières premières et des pierres précieuses telles que:CASSITERITE ,AQUADELUN VX,CASS MECAetc.. qui interviennent dans l’élaboration des Appareilsélectroniques et des PC( Ordinateurs).C'est ainsi que notre Usine de fabrication est en pénurie de cette pierre la dénommée AQUADELUN VX .Notre choix est d’autant plus conforté puisqu’elle abrite le siège de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières. En vous renouvelant notre ardent désir de nouer d’excellents rapports de coopération avec vous, et toute notre profond respect ,nous espérons une suite favorable à notre sollicitation.Nous restons disponibles à tout échange relatif au projet, etéve ntuellement à vous rencontrer personnellement dans votre pays. Si vous manifestez le désir de travailler avec nous, et si notre proposition suscite votre intérêt, veuillez nous répondre diligemment et promptement afin que le dossier relatif au projet vous soit adressé.NB :veuillez nous communiquer votre téléphone et le fax.Veuillez agréer,monsieur, les assurances de notre profonde etsincère considération.james JACKSONPRESIDENT,CEOWEB SITE: http://stebtransport.ifrance.comTEL/FAX:01 87 16 97 07

En rentrant du boulot, un énorme chien assis à l’entrée du square. Je contourne par la pente entre les arbustes.

Hier, je chercher à saisir un livre de cuisine, et le masque dogon que mon frère m'a ramené manque de me tomber sur la tête, chutant à côté dans la poubelle.

Acupuncture : j’ai l’impression que ma tête est une grille d’énergie. D me laisse tout criblé d’aiguilles, allongé, pendant 20 minutes.

Dédicace au siège d'une banque : le monde de l’entreprise. Les gens sont très gentils, mais moi, ça me donne plutôt envier de me tuer.

Passé la matinée sur des sites de Black Metal norvégien. Plutôt sordide.
En musique de fond, écouté Darkthrone (under a funeral moon). Franchement terrifiant.
Et pour finir, vu la couverture d’un EP bootleg de Mayhem, où l’on voit Dead, le chanteur, suicidé d’un coup de fusil en pleine tête. Franchement déprimant.

Acupuncture : D m’explique d’où viennent les sifflements atroces qu’on entend au dehors, et qui font penser à des fusées de 14 juillet sans l’explosion finale. C’est des trucs pour faire fuir les étourneaux qui plombent le square à côté de leurs déjections.

Il en profite pour fulminer contre diverses initiatives municipales. " Et les étourneaux, ils vont aller ailleurs, c’est stupide. Et les pavés devant la poste, ça y est, ils les ont tout recouverts de bitume ! "

Fini mes séances d’acupuncture avec D.

En fait, D s’est bien gardé de m’expliquer le fonctionnement de son cabinet : il n’est remboursé que sur la base du tarif d’un généraliste. A chacune de mes visites, je l’ai dans l’os de 15 euros. Merci D.

En plus, je suis sûr qu’il a une perruque.

Je passe à Dialogues avec Maëlle pour voir s’il y a encore des dépliants pour le Festival Invisible. On croise G qui me redit qu’elle cherche des textes. Je lui demande si elle veut que je lui écrive une chanson. Elle est enchantée. Moi aussi : je l’ai terminée depuis un moment, mais j’hésite à lui donner. Elle avait refusé la précédente, dans un contexte un peu différent.

Donc, la chanson s’appelle Femme à tête rouge, c’est une histoire de Reine de cœur. En sortant de Dialogues, devant la boulangerie, Maëlle me fait remarquer qu’il y a des cartes étalées par terre et me dit en rigolant que c’est peut-être un signe. Je regarde : la seule qui est retournée, c’est la reine de cœur.

Photos ce matin, avec un photographe qui travaille en free lance pour plusieurs magazines. En arrivant, je lui montre mes deux marionnettes, Diablo et Dino, et son visage se fend d’un grand sourire inquiet.

Tout de suite, il précise : " je te préviens, moi, je suis un déjanté ! "

Il me fait pencher la tête : " je prends tout de traviole, moi, pas de ligne droite ! "

Presse : " Un petit dinosaure surprenant découvert en Allemagne. "

Presse : " Le fils d’un couple congelé a dû incinérer ses parents après une panne. "

Putain de chauffage. Panne depuis une semaine, pas d’eau chaude. Ils devaient venir ce matin, j’attends, tendu jusqu’à l’os, parce qu’avec eux, on ne sait jamais. Ils ne viennent pas. Je laisse un message ulcéré sur leur répondeur. Ils rappellent juste après. Ils arrivent.

Et je viens de graver la chanson pour G, Femme à tête rouge. Je devais la lui porter ce matin, mais je n’ai pas pu bouger, à cause de ces abrutis de chauffagistes !

L m’appelle. Message téléphonique : il sanglote. G est mort.

Il est tombé de son tracteur, et l’enseileuse lui est passée dessus.

Le plus atroce, c’est que c’est lui, même après avoir été touché à la tête, qui a prévenu les pompiers, avec son téléphone portable.

G, c’était un héros de tragédie. Quand je repense à lui, il m’apparaît plus réel que les autres, comme si son image était plus nette.

La dernière fois que je l’ai vu, c’était au Tempo. Il avait un anniversaire. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas rester.

Concert au Tempo. L arrive juste avant la fermeture. Il devait accompagner Y, mais avec l’enterrement de G, il n’a pas pu.

Il y M aussi, et C. C dit que le curé ne voulait pas que L et lui parlent et que c’est le frère de G qui a insisté. C a commencé son speech par : " Pour G, le paradis était sur Terre. "

Un oiseau dans la salle des profs. Madame M court après, sans chaussures, avec Monsieur K. Elle finit par attraper l’oiseau, après lui avoir arraché une poignée de plumes. C’est un merle.

L’oiseau sur le rebord de la fenêtre, ne bouge plus, traumatisé. Puis il s’envole.

Festival Invisible : au Leclerc, on va acheter un chou avec G pour que Morgan se fasse un masque. On en profite pour faire une photo. Une vieille dame nous glisse à l’oreille : " moi, ça me donne la déripette. "

Jimmy Carl Black raconte que la mère d’Eugène, un jour qu’il écoutait Sun Ra, lui a dit : " Ils font beaucoup de fausses notes, dis-donc. "

Et son père, une fois qu’il écoutait Trout Mak replica : " Pourquoi écoutes-tu deux disques en même temps ? "

E, en se promenant dans la rue le mercredi, est tombé. Les gens l’ont ramassé. Il n’a pas voulu aller voir de docteur.

Jimmy Carl Black à table, avant le concert du Jeudi, parlant d’Eugene : " I think he doesn’t feel very well, man. "

Entrée de l’Avel Vor, un petit punk, bourré, joue de l’accordéon dissonant. Puis il vomit dans les couloirs.

J’ai cru que c’était "le" punk de Plougastel, mais en fait, il semble qu’il soit venu de Rennes. Il a fait toute la semaine et il a vu tous les concerts, bourré à chaque fois. Il dormait dans sa voiture.

Concert de Pierre Bastien au CLOUS. Le mythe de la caverne : des gens assis dans le noir, qui regardent des images projetées sur un mur. Ses rouages filmés en gros plan cliquent et font des bruits de percussion. Il installe des cylindres hérissés de piquots, qui tournent tous seuls sur le clavier d’un vieux casio. Ca fait des basses, et des mélodies.

Là-dessus, il joue de la trompette bouchée, du violon à un seul crin, et de la sanza passée dans une chambre à échos.

Je discute du mythe de la caverne avec Pierre Bastien, et il me dit que c’est justement le thème du texte qu’il vient d’écrire pour Radio France.

Puis il ouvre sa valise : " tu veux des disques ? " Je lui demande s’il les vend, il me dit : " Oui. " Je lui demande combien je lui dois, il me dit : " ah non, je les donne ! " Il m’en a donné deux.

Eugene, lui, se trimbale une cargaison de disques faits maisons, parfois enrobés de sacs en plastique, parfois emmaillotés dans des chaussettes. Il grave ça maison sur des CDR à motifs de vinyles, comme ceux qu’on trouvé sur Cd rohlinge.

Il y a le Jack and Jim Show, Live with Doctor Dark, How to kill volume II, The doc Chad banjo book, et toutes sortes de monstruosités.

Jimmy vend aussi les siens: il les grave et les imprime sur son propre ordinateur. Il m’offre un double live du Jack and Jim Show : Le premier Cd reflète ce qu’ils sont joué à 20 h, le second ce qu’ils ont joué à minuit. Deux concerts le même soir, m’annonce-t-il avec fierté.

Jimmy dit qu’il était ami avec Jimi Hendrix, qu’il était très étrange, mais que Eugene est le plus étrange de tous ceux qu’il a rencontrés. " Personne ne peut jouer comme lui. Les gens disent qu’ils peuvent le faire, alors je leur dis Just try !!! "

Eugene a un boulot pour all music guide : il est payé cinq cents du mot. Comme il tape vite, nous dit Jimmy Carl Black, il peut se faire cinquante dollars vite faits.

Comme il en discute avec Eugene, il dit : " Yeah, this is a good job. "

Eugene m’explique qu’il doit faire des recoupements, enquêter sur des musiciens. Parfois, ils ont le même nom, et sont tous les deux, ou tous les trois, bassistes de free jazz. Parfois, c’est le même type qui joue dans un groupe de jazz et dans un de heavy metal. " Je dois téléphoner pour me faire tout confirmer. "

Il est tout le temps à la recherche d’un point internet.

En attendant que Jimmy arrive, le mardi 25, il passe une heure à taper des paroles de chansons sur l’ordi du CCM.

Primitifs du futur : Fav Loski, une grande dame froide et étrange, joue du theremin. Ses notes sont d’une justesse absolue. Charles du Vauban me demande : " Mais comment fait-elle ça ? "
Elle joue aussi de la scie musicale et d’une espèce de petite contrebasse miniature.

Et du Ukulélé.

Dominique Cravic, juste avant de commencer à balancer, dit : " on va s’accorder à 342 hz ", pour être au diapason du vibraphone ou du xylo. " Le La est à 340 HZ.

Chadbourne, lui, ne s’accorde jamais. Il joue en Fa au lieu de Mi. Plus il joue, plus il avance dans son concert ou dans la répétition, plus il joue faux. Et de temps en temps, il en rajoute en se désaccordant exprès.

Répétition avec Chadbourne : alors qu’on s’apprête à jouer en Fa, il nous explique " on ne peut pas être tout le temps en Mi. "

Il ne va pas dans les studios, c’est trop cher. Il se sert de " live material ".

Il joue sur une guitare rectangulaire, comme celle de Bo Diddley.

La femme d’Eugene a connu Moondog quand il jouait dans la rue à New York.

On parle de Sky Saxon, de Hasil Adkins, de Daniel Johnston, de Roky Erickson.

Daniel Johnston lui a proposé de faire un disque, mais il a refusé. Il le trouve trop étrange.

Quant à Sky Saxon, il me dit qu’il est vraiment complètement fou. Contacté via la radio par un groupe qui passait à Los Angeles et qui clamait son admiration pour lui, il a dit : " OK, je joue un morceau avec vous, c’est 1 million de dollars. "

On lui fait remarquer que c’est un peu déraisonnable, il dit : " Je crois que je mérite bien ça, depuis le temps. "

Le soir-même, pendant le concert du groupe, il est au premier rang et il crie : " Laissez-moi chanter avec vous, je plaisantais ! "

Eugene se souvient de la première fois qu’il a entendu les Seeds à la radio, quand il était tout jeune.
" Pour moi, dit-il, c’est le premier groupe de punk rock. "

Playlist du concert à l’Avel Vor : Banjo Sam, Born in the bayou, Git jer Jazz, Hoochie coochie man, Help I’m a rock/ Old blue, Untitled bluegrass track, Angels of reality, The Raven, Why don’t we do it on the road, torture russe/ West virginia special.

Juste avant de jouer à l’Avel Vor, je commence à angoisser à cause du public qui n’arrive qu’au compte-goutte. Pierre Bastien me dit que Comelade, il y a longtemps, avait organisé un concert d’Anthony Braxton au Grand Rex de Montpellier. Il y avait eu sept personnes. Braxton avait joué trois heures et demi.

Eugene a une carte blanche au Festival Musique action à Vandoeuvres les Nancy. Il fait venir une cinquantaine de musiciens différents et présente une histoire résumée de la musique américaine.

J’ai acheté Doc Chad banjo book et How to kill volume III (je crois).

Je lui ai offert La vie sous cloche, petite mécanique de nuit et Le chanteur masqué.

En échange, il m’a donné Live with Doctor Dark, Dear Eugene ("Dear Eugene, what you did was not very nice, so I am going to kill! KILL! KILL!") et un album de reprises de Jean-Sébastien Bach au Banjo intituled German country and Western.

Impro entre Eugene, Jimmy et des musiciens de Jazz au CCM : ils jouent The creator has a master plan. Une fille fait un solo avec un ballon gonflable qu’elle gonfle, crève, et dont elle se sert du moignon pour souffler dedans et faire un bruit de sifflet.

Autour d’elle, il y a plein de percussions, une cymbale abîmée, et des mikados.

Le Trio Rosette donne un concert incroyable, jette des sifflets dans la foule, et finit par se battre au milieu de tout le monde.

Eugene et les Residents. Il me raconte la fois où il s’est rendu dans les locaux de Ralph Records parce qu’il était question de faire un disque sur le label. Il y avait des types qui bossaient dans les bureaux comme si de rien n’était. et Eugene les soupçonnait d’être les residents en personne. Ca l’a agacé : " Come on guys, tell who you are ! " Le disque ne s’est pas fait.

Aphorisme : la mort, c’est bien beau, mais ça ne règle pas tout.

Une idée : un conte qui raconte l’histoire d’un type qui doit appuyer sur un champignon dans une forêt. Il le fait, et tout autour de lui s’accélère, et tout pousse plus vite.

On part pour Poullaouen dans les Monts d’Arrée pour voir les sœurs André en concert. Dans la voiture, je cherche ma cassette de Zappa (Freak out !) et je m’aperçois qu’il y a marqué Chants de la Bretagne profonde sur l’étiquette.

Carnets d’Ici et d’Ailleurs : un type qui sert au bar du Festival, qui met une pièce dans la caisse et dit : " Tiens, c’est curieux, c’est la première fois que je tiens un euro depuis qu’on a changé de monnaie. Je fais jamais les courses, j’ai jamais touché de pièce. "

Un autre type passe me voir et de montre un livre intitulé De rerum propriatibus (Le livre des propriétés des choses) par Barthélémy Langlais

Et il ajoute que c’est traduit par un certain Jean Corbéchon. On voit des gravures d’Eléphant réalisées d’après descriptions, c'est-à-dire des éléphants qui ressemblent à tout, sauf à des vrais éléphants.

Un autre type me montre un livre, Aventures d’un voyageur en Australie (neuf mois de séjour chez les Nagarnooks), qui date de 1879, écrit par un certain Perron d’Arc.

On y trouve une description d’un animal sans yeux, sans pattes, sans queue ni tête, qui saute à la gueule des voyageurs et les tue.

Le type m’a également prêté des magazines sur la cryptozoologie. On y parle de Bernard Heuvelmans, célèbre cryptozoologue, auteur de Sur la piste des bêtes ignorées.

On découvre en Novembre 1896 une énorme charogne de poulpe à demi-enfouie dans le sable est découvert sur une plage de Floride, à Sainte Augustine. Ce qui dépasse du sable : 6 mètres de long, 5 de large, et 1 m20 de haut. Taille et poids estimés : 6à mètres pour un poids de vingt tonnes.

J’écoute la compilation que Christophe a faite pour le Festival Invisible. J’encule, version piano, par Gogol 1er et Something came over me, de Throbbing Gristtle.

Pot de fin d’année. Madame T, qui part en retraite, vante dans un discours déprimant les mérites de la majorité silencieuse, du respect, de l’éducation civique.

Sur une affichette, elle avait écrit : " Mais oui mais oui l’école est finie ", agrémenté de notes de musiques, et précisé : " Pour fêter mon départ en retraite, etc… " avant de conclure : " Boire un petit coup c’est agréable. "

Le principal-adjoint fait un discours pour le départ en retraite de F le cuisinier : " La boutade lui montait souvent au nez. "

Finalement, je ne vais pas à la soirée de fin d’année. Je reste chez moi et je cuisine un sauté de bœuf au sésame.

Vacances à Plougrescant. En quittant Brest, affichette Ouest France : " Un homme sauvé des flammes à Brest ". Dans les côtes d’Armor, changement d’affichette : " Un homme périt dans son appartement à Grâces. "

Deux allers-retours à Landerneau pour le festival Kann Al Loar, invité par Hervé. Il y a aussi Gérard, que j’avais déjà croisé à Carhaix. On attend les lecteurs dans un grand salon vide avec des courants d’air.

Heureusement qu’il y a de l’air : il fait une chaleur mortelle.

A côté de moi, le type d’An tu Al Ar mor. Il y a aussi l’écrivain Hervé Elléouët. Après son livre Igor et Betty, que j’ai lu et qui m’a bien fait rire, il vient de publier un autre truc : Cui Cui, poèmes sans oiseaux.

Gérard me raconte des anecdotes. Il aime les histoires. Il raconte comment il est arrivé en prospectant pour son livre sur les bistrots dans un troquet inconnu, le Lapin bleu, à Pouldreuzic. Il entre dans le café et la vieille dame leur dit : " Je vous attendais. "

Il dit : " Dur à trouver, votre commerce. " Elle répond : " Celui qui entre dans mon bistrot, c’est qu’il le mérite. "

Il me raconte également que des aborigènes d’Australie venus à Douarnenez ont élu sa maison Secret Site. C’est devenu un lieu de pèlerinage.

Un soir, un des aborigènes s’est levé pendant le repas, et il a planté un bout de tissu avec une punaise dans une poutre. Personne n’a osé y toucher.

Hervé me raconte qu’il est parti s’encelluler chez des moines (dans les cévennes ?) avec un photographe bloqué dans les années 70, qui fume des joints en prétendant qu’il s’agit de prières à Vishnu.

On prend des bains de mer. On se repose. Cet aprèsmidi, j’ai dormi comme une masse deux heures durant.

Chez Dédé : Arthur jette le ballon globe terrestre par-dessus la rembarde de la terrasse. Il tombe sur la route, rebondit sur le trottoir. Un type moustachu et barbu qui passe par là le récupère, tente de la renvoyer au pied, shoote, et le ballon s’envole dans les jardins des voisins.
Le surlendemain, on repasse par chez Dédé pour le débarasser de son barbecue en pierre, et on recroise le même type, qui passait par là.

De retour à Brest. Hier au Festival Interceltique de Lorient avec Laurent. Rencontré un type qui tient une librairie à Rocherfort en Terre, qui s’appelle " Le point d’interrogation ".
Le type : " Je voulais vendre des livres qui posaient des questions au lieu d’apporter des réponses. J’ai fait di x ans de philo. "

Sur la route, plein de brimborions. Alors qu’on parlait de notre projet Les Papes, on croise une pancarte de lieu-dit : " Le saint "

Plus loin, autre lieu dit : " L’Enfer ".

Et plus loin : " Kerchopine. "

" Pont de Kerchopine. "

On parle des "Papes" et j’aperçois une vierge dans sa maison de verre, sur le bas-côté.

A Lorient, supporté deux auteurs. Le premier sait tout, connaît tout, et son mot favori, c’est Non. Cheveux blancs jaunes, visage rougeaud plié en une grimace condescendante et dédaigneuse, s’occupe de mathématiques financières. " Mes étudiants, au moins, ils commencent à 40 000 euros. "

L’autre, petit, mal sanglé dans son pantalon, chemise bleue auréolée de taches de sueur, porte un chapeau noir. Il est l’auteur d’un livre sur l'acool et le savoir-vivre. La peau de son visage est rouge, on voit des veinules écarlates partout sur ses joues.

A table, il est désigné pour goûter le vin. Il fait un geste brusque pour placer le verre devant la chemise blanche du premier type (" parce que la couleur du vin ne ressort que sur le blanc ") et manque d’en renverser plein sur la robe de D.

Après, il nous abreuve d’un débat sur la culture et la tradition, puis sur la météo bretonne vue de Paris (" C’est toute la connerie du centralisme ", dit le premier type d’un air évident et bougonneux), le breizh cola et la signification du rouge et du noir sur la bouteille, finit par énerver R, l’un des organisateurs du bistrot littéraire, en sous-entendant qu’il n’est pas d’ici.

Le soir, après son intervention, il fait asseoir tout le monde et leur inflige un cours sur l’art de déguster le vin. Il s’exalte.
" Il faut faire rouler. Des arômes. Voilà. Laisser remonter. Encore des arômes. Et puis après, on peut discuter. Qu’est-ce que tu as trouvé, toi ? Et toi ? ah ah ! "
Il s’enflamme : " voilà, maintenant que vous savez ça, tout le monde peut s’y mettre, tout le monde peut progresser. "
" Si vous voulez cracher, c’est très simple, il y a le lavabo. Ca se fait tout simplement. "
Il tente de réitérer son coup du midi, en rapprochant d’un geste vif le verre de rouge qu’il tient à la main du costume du cuistot : " le blanc, ça permet de… ". Une dame passe par là, et manque en prendre plein sur sa robe.
" Je cède la parole à Jean-Pierre. " C’est le cuistot qui a amené la bouffe pour la dégustation. Il s’arrête de parler, au bord des larmes : " Je suis si ému… C’est… C’est un maître. " Pour se remettre, tandis que l’autre prend la parole, il erre du côté des bouteilles de vin.

A la fin, tout le public, des vieux pour la plupart, se rue sur la viande kangourou et les sushis de requin fumé : c’est l’année de l’Australie.

Rentrée des classes : le principal-adjoint me dit qu’il est allé à Malte. Il ajoute qu’il y a 365 églises sur l’île : " Une par jour ! " Il sourit sous sa moustache avec ses petits yeux humides plissés.

Pendant la réunion, je remarque que sur sa cravate, il y a plein de croix de Malte.

Pause midi, je retourne au bar que je croyais être Le poisson rouge. En fait, ça s’appelle Le Dahut. Le bar est fermé pour décès depuis le 21 avril dernier.

Il y a une rose à côté de la pancarte, dans la vitrine . C’est marqué : " Pour Christian ".

Je me souviens de la dernière fois que je suis allé dans ce bar. Il y avait le patron derrière son bar. Christian sûrement. Il lui restait quatre mois à vivre.

Plus loin, sur la place, enseigne d’un café : " Veuve Pochard, débitante ".

Aucun commentaire: