lundi 24 juin 2019

BRIMBORIONS DE JUIN



Je confirme à un groupe qu'il est programmé au Festival invisible. La personne valide par SMS, mais fait une erreur de manip avec l'appli vocale Siri, et  me répond : « Le nombre du cul. »

Arthur est parti en voyage avec mon beau-père, sa tante et son cousin. Je suis parti chercher du liquide pour e-cigarette. En rentrant, je lis sur une camionnette garée : « DUBREUIL », en grandes lettres sur fond blanc, très lisibles. C'est le nom de mon beau-père. Je me dis confusément : « J'espère que ce n'est pas un signe. »

Je rentre. Le téléphone sonne. Il est décédé, à l'instant.

Il est décédé dans les Pyrénées dans un village. Au moment fatidique, une énorme tempête de grêle a éclaté.

On nettoie la maison de Jacques avant le retour du corps. J'efface les toiles d'araignées du haut velux avec une perche télescopique.

Le corps a été rapatrié. Le croque-mort a du mal à enfiler ses gants élastiques. La dame des pompes funèbres pouffe : « C'est normal, c'est les petite taille. »

Le corps de Jacques repose sur un lit. Je vais jeter le linceul synthétique. Je me retrouve comme un con à hésiter entre la poubelle verte et la jaune.

On dort dans un gîte juste à côté, l'Ancien Presbytère. La dame est étrange et charmante. Elle fait visiter les chambres, chasse une toile d'araignée discrète, me sourit : « Moi j'adore les araignées. »

On parle des obsèques. Elle dit : « Oh, moi je prépare soigneusement les miennes, parce que... » Elle se penche et chuchote : « ...je voudrais des negro spirituals ! »

Dans un coin du presbytère, « Bécassine chez les turcs. »

Je vois des signes partout : hier, pendant une réunion, un jeu de tarot de Marseille. La carte dévoilée, Le Pape, ressemble étrangement à mon beau-père.

Derrière le rideau de scène avant le spectacle, je regarde les silhouettes des organisateurs qui se découpent sur le rectangle de la porte ouverte sur la rue. Ils ont l'air tout petits. Par une étrange illusion d'optique, les gens qui passent à l'arrière-plan sont des géants.

Le réparateur de chaudière est là pour une fuite. La chaudière se met à vibrer. Il pose la main dessus, inquiet : « Houla, houla, esprit-es tu là ? » Il me regarde : « N'est-ce pas ? » Et il reparle à la chaudière : « Es-tu là, es-tu là, es-tu là ? » 

Priscillia : « La Corse sous la pluie, c'est Brest. »

J parle à T. Il cherche le nom d'un personnage.
J : « C'est un personnage roux. »
T : « Je vois pas. »
J : « Mais si, tu sais, chez Disney... »
T : « Rebelle ? »
J : « Non »
T : « Tigrou ? »

Gare Saint-Lazare. Un vieux monsieur aveugle avec une sébile. Il passe du Brassens sur une petite sono : « Quand je pense à Fernande, je bande... » Il a un chien à ses pieds, un livre des Fables de la Fontaine plastifié posé sur un lutrin.

On passe devant lui. Derrière nous, on entend une dame qui parle fort : « Ah mais je vais faire un signalement, vous allez voir ! C'est une honte ! »

La dame repasse devant nous. Elle vient d'engueuler le vieil aveugle à cause de son chien. Elle porte un brassard « Vegan ».

Par curiosité, je vais voir le chien : il a l'air en bonne santé, il dort aux pieds de son maître, attaché à une laisse.

Je glisse une pièce à l'aveugle qui vient de se faire engueuler. Aussitôt, couvrant la chanson de Brassens, il récite : « Je vous remercie monsieur, merciiii, merciii. »

Quand les porte du métro se referment, on entend encore son « merciiii » mécanique.

La dame au brassard vegan est en face de nous, le regard fixe et le menton relevé. Elle tient une boîte de transport dans laquelle on devine un chat.

A Taxi, Élise m'a réservé un Uber. J'ai une photo du conducteur et de sa plaque d'immatriculation qui apparaît sur mon téléphone. Quand il arrive, il baisse la vitre et me regarde d'un air interrogatif. Le nom de code est Élise.

Le conducteur regarde des séries en conduisant. Il a accroché un portable horizontalement, et le son diffuse dans tout le taxi. Une histoire de tension entre les deux Corées.

Dans le train du retour, une file de retardataires dans l'allée centrale du wagon. L'un d'entre eux est ruisselant et tente de reprendre son souffle. Arrivé à ma hauteur, je lui demande bêtement : « Vous avez couru ? » Il me fusille du regard et me répond un truc désagréable.

Don Quichotte : « Et sur la tête de qui vous voudrez, je vous jure, mon maître don Quichotte de la Manche, que je suis votre écuyer Sancho Panza, et que je n'ai jamais été mort de toute ma vie ! »

Don Quichotte : « Dieu me comprend, et ça me suffit ; parce que j'aurais encore beaucoup à ajouter, mais je préfère me taire. »

10h du mat. Sur le toit en zinc, un oiseau court avec des chaussures à clous.

J'ai un torticolis. Ce matin, Maïwenn me dit : « Ça va mieux ton tournicotis ? »

En voiture. Par le pare-brise, j'observe un jeune homme qui court à toute berzingue sur le trottoir. Où va-t-il ? Pas d'arrêt de bus dans le coin immédiat. Il court comme si sa vie en dépendait et manque de se prendre une voiture aux passages cloutés.

Il court toujours. Il a une épaisse tignasse rousse et des vêtements rouges. Il court sans faiblir. C'est le bus, tout là-bas, qu'il vise. Impossible à atteindre. Et puis si. Vas-y mon gars, tu vas y arriver !

Dans le rétro, je vois qu'il a réussi à monter. J'exulte. Un véritable exploit et personne pour s'en rendre compte.

Je vais chercher Arthur à la sortie de son cours d'Aikido. Je me gare sur une place en bout de file, à l'endroit où la route s'incurve un peu avant le rond-point. J'enlève ma ceinture. Dans le rétro, j'aperçois une voiture qui roule à fond la caisse.

Elle s'approche, elle commence à avoir des embardées. Le conducteur roule au moins à 120 km/heure, en plein centre ville. Il est à deux doigts de perdre le contrôle, la voiture oscille d'un pneu sur l'autre. Il va me rentrer dedans.

Il me frôle en un souffle. Dérapage et freinage intense avant le rond-point, qu'il coupe en deux en manquant écraser un passant. Il disparaît sur l'avenue. Je suis immobile, assis, étrangement calme, mais mon petit cœur bat très vite.

Dans la clairière qu'aimait Jacques, où il allait tous les étés, le grand chêne est tombé pile sur le rond de pierre où il faisait son feu.

Déménagement. L trouve une bière dans le frigo : « Ah tiens, une bière sans alcool ? » Il l'ouvre. 5 minutes après, il commente : « Très bonne, cette bière sans alcool. » 10 minutes plus tard, alors qu'on lui demande à quelle heure il part : « Je finis cette bière sans alcool et j'y vais. »

P : « Il faut que je te dise un truc par rapport aux coïncidences. »
Moi : « Quoi ? »
P : « Tu te souviens, je faisais votre son pendant votre concert rue Saint Malo... Je venais de rompre avec ma petite amie. J'étais triste. Et là, soudain, je la vois, en haut de la rue, qui marche, qui vient vers moi, se penche vers moi, et m'embrasse. Depuis on est toujours ensemble. Mais ce qui est vraiment dingue... »
Moi : « Quoi ? »
P : « C'est qu'au moment où je l'ai aperçue, tu venais juste de commencer ta chanson « Retour immédiat de l'être aimé. »

mercredi 3 avril 2019

BRIMBORIONS DE MARS




Atelier d'écriture à Morlaix, dans le quartier HLM de la Vierge Noire.
Une des participantes, alors qu'on est en train de marcher dans la rue, montre une enseigne : « Armoric Habitat, à chaque fois je lis Apocalyptic Habitat."
Charcutier vient de chair-cuitier.
Hôtel à Quimper. Une alarme de voiture au loin. Elle s'arrête. Elle reprend. Silence. Je m'endors presque. Un bruit de cavalcade, des rires très forts, un peu de musique, puis plus rien. Ça y est, je m'endors. Non. De la musique. Pas loin. Très près. Je vais être plus fort que ça et m'en foutre et m'endormir quand même.
Je ne dors pas. Je me réveille complètement. Un truc genre Grégoire, chanté à tue-tête. Le temps que j'émerge, on passe à une sorte de Soldat Louis, avec de la cornemuse. Le volume est de plus en plus fort. Je regarde par la fenêtre. Rien.
Dans mon lit je retourne. Je suis plus fort que le bruit. Je peux m'endormir même en plein bordel. Pas de souci, il suffit de se détendre, comme ça. Hop. Impossible. Je me lève.
Je m'habille. La cornemuse hurle à soufflet déployé. Je sors. C'est juste là, en contrebas, une voiture porte ouverte, un autoradio, un type qui fume. Je descends l'escalier. J'arrive à sa hauteur. Un monsieur d'une cinquantaine d'années. Il ne me voit pas. Je tente de frapper aux carreaux : les vitres sont baissées.
Je tape sur la carrosserie, il n'entend pas. Je lui tapote l'épaule, il me regarde, les yeux rouges, cigarette aux lèvres, complètement bourré. "Vous pouvez pas baisser le volume ?" Il prend sa clope, souffle lentement sa fumée et déclare, sentencieux : "Est-ce que tu sais au moins c'est qui c'groupe ? »
 "Non mais je m'en fous complètement, ici c'est un hôtel, il y a des gens qui dorment." Il fait un geste genre du balai. "Hé ben va-t'coucher alors !"
Je finis par monter le ton. Une lueur semble s'allumer dans son regard : "Oh pardon, j't'ai réveillé peut-être ?" 
Anecdote véridique racontée par Thomas : un monsieur se présente à un entretien d'embauche. A la secrétaire il dit : "J'ai rendez-vous avec Madame Falope". "Madame Falope ? Il n'y a pas de madame Falope ici monsieur. Donnez-moi votre nom..." Elle tapote sur son ordinateur : "Ah voilà, en fait vous avez rendez-vous avec madame Fonnasse."
Gourin. La crêpière fait tomber son tablier, rit et dit : « ben heureusement que j'ai quelque chose dessous. »
Reçu un spam de bachepascher.fr : "Votre oriflamme vous attend"

Au Restaurant des 3 marchands à Guéméné, bondé, un type barbu rougeaud arrive à une place libre, en face d'un autre type qui mange seul. "Bonjour, on m'a dit de m'asseoir là." Et il ajoute : "C'est con hein ?"
Arthur et moi sortons de la voiture, il fait nuit, des bruits étranges nous parviennent d'une rue perpendiculaire, assortis de lueurs vertes fantastiques. Le lampadaire clignote. On regarde : c'est une ligne haute tension qui pète.
Rue Richelieu, un vieux monsieur avec un sac Hermès en plastique.
Rue Richelieu, un monsieur avec un T-Shirt : « Refusons l'inéluctable »
Je fais une sieste. Le soleil passe comme un projo sur mes paupières fermées. Je sens que quelqu'un s'assied tout doucement sur le lit. J'ouvre les yeux. Personne.
Arthur fait du latin. Réunion d'informations aux parents pour le voyage en Italie. « Des questions peut-être ? » Un monsieur lève la main en soupirant : « Est-ce que les élèves ont fait un travail sur le cinéma italien des années 60 ? » « Non monsieur, pas dans le cadre du cours de latin. »
Je me réveille. Je compte machinalement les doigts d'un pied avec l'autre. A chaque fois, je tombe sur 6.
Vire-langue inventé par Arthur : « Si Sacha mâche son haschich, ça sèche son œsophage. »

jeudi 29 novembre 2018

BRIMBORIONS DE NOVEMBRE


Jacques : « J'ai connu un Dudule qui organisait des courses de cochons à Plougoulm. »

Fanch : « Ben tu vois, les premières notes de Big Ben, en fait c'est In-ter-mar-ché. » 
Laurent : « C'est aussi Rencontres du Troisième Type. »
On lui dit : « Tu sais parler chinois », Camille comprends : « Tu sépares les chinois. »
Nuit dans le gîte. Quelqu'un pleure dans le couloir. Sanglots étouffés. Quelqu'un d'autre chuchote, tente de le rassurer. 
Rêve : Je sors d'un collège en voiture, un ballon de basket sur le chemin, je l'écrase. Survient alors un autre ballon de basket, gigantesque, qui rebondit lourdement et contre lequel ma voiture s'écrase.
John Trap : « Si ça se trouve, s'il était né aujourd'hui, Hitler aurait juste fait un blog. »
Mots dont je ne connais pas le sens : « Stipendier, Embobeliner, Eréniste, Gyrovague, Prébende, Gaupe, Rigmarole, Téléocinétique, Pétré(e), Courtil, Capuce » 
Lu dans Le Turbot, de Günter Grass : « Il m'a toujours semblé (…) que le ciel était plein de fesses. »
Le Turbot : « Alors Opitz sourit, c'est-à-dire  qu'il détendit en grimace le rideau grognon de sa laideur. »
Le Turbot : « « Sophie demeura jusque dans sa vieillesse une demoiselle à petits plis qui ne cessait pas d'espérer. »
Lu dans Les Années avec Laura Diaz de Carlos Fuentes : « Le Mexique est plus autrichien qu'autre chose »
Idem : « Existait-il une seule vie véritablement achevée ? »
« Qu'a donc la tristesse pour avoir un tel air de princesse ? »
« Les agaves font de la gymnastique suédoise en carrés de cinq cents » (citation de Salvador Novo)
Croisé Fanch, qui sortait de son bar. « Il faut que je te dise un truc. Je veux faire un roman photo. Est-ce que tu veux l'écrire ? C'est avec une chèvre. »
« Une chèvre assez connue. Elle s'appelle Trompette. »
Revu Fanch à la terrasse des Pissenlits par la Racine. « Il faut que je te dise un truc. Je cherche des livres dont le titre commence par FARA. T'as des idées ? »
« Pharaon ? » « Non, plutôt Farandole, des noms comme ça... C'est pour une copine. Elle est littéraire. »
The Cider Incident :
Fin du Festival Invisible. J'emmène Thurston Moore, Debbie Googe et James Sedwards chez Mimi, rue Saint-Malo. Elle nous offre un verre au Café du Coin d'la rue. Thurston Moore est curieux de tout, regarde tous les livres, feuillette 40 ans de rock à Brest, pose des questions sur HHM et cherche des renseignements sur elles sur le net, examine les bijoux uns par uns, et demande le nom de tous les chats de Mimi.
Mimi me tend la bouteille de cidre légèrement entamée : « Je n'en bois pas, emmène-la avec toi. » Je repars avec un livre et la bouteille.
En haut de la rue Saint Malo, le bouchon saute. On se met à le chercher au milieu des pavés.   
Thurston, qui s'est éloigné pour aller voir un chat, retrouve le bouchon.
Trajet retour par téléphérique avec la bouteille de cidre en main, comme un pochetron.
Dans le minibus direction l'aéroport. On espère ne pas être bloqués par les gilets jaunes. La bouteille se renverse et coule entre nos pieds. Elle finira le voyage fermement tenue par Thurston, le pouce sur le bouchon.
***
Journée à signes. Atelier d'écriture à Cast. J'y retrouve Meggy. Elle me dit qu'elle est née en Nouvelle-Calédonie et qu'elle va vivre en Dordogne. En montant dans la classe, je vois un texte punaisé au mur qui parle de la Dordogne. Plus tard, une petite me parle encore de la Dordogne, et un autre petit me dit qu'il a acheté un ukulélé en Nouvelle-Calédonie. 
Le midi, on mange dans une crêperie avec Christian, qui est animateur. « Je n'avais rien à voir avec le milieu de la culture, jusqu'à que je comprenne que ça pouvait rapprocher les gens. Au départ, j'étais dans la bâtiment, je voulais faire des ponts. Et puis finalement, je fais des ponts, mais entre les gens. » Je lui demande où il vit : « Pont-de-Buis. » « Encore un pont. » « Putain, j'avais jamais fait le rapprochement. » 
Fait-divers : dans une station de l'Antarctique, sur le base de Bellingshausen, un chercheur russe en a poignardé un autre, parce qu'il lui spoilait toujours la fin des livres.

lundi 10 septembre 2018

BRIMBORIONS D'ETE


Atelier à la maison d'arrêt : le gardien s'appelle Pupuce.

Le soir-même il est en retraite.

Je vais aux toilettes. Impossible d'éteindre la lumière. Un gardien me dit : « On laisse allumé. On a du pognon dans la pénitentiaire. »

Week-end à Batz Sur Mer. Une maison sur la plage. Mais dans la mer, il y a des méduses rouges et le soir, après 21h00, impossible de profiter de la terrasse : les moustiques sont les maîtres.

Réveillé par le chant d'un oiseau merveilleux, là, juste derrière le velux.

Brimborions du Cantal : Voie expresse. Pluie. Sur un pont, une silhouette de lama du Pérou. En fait un homme avec un parapluie et un chien.

Rond-point : une sculpture au centre, représentant Robinson. En fait c'est un monsieur qui se repose.

Noms de lieux : Cancelade, Trémouille, Nègremont, Boutenègre.

Près du lac, un père avec trois enfants, qui porte un t-Shirt Dark Vador.

Aurillac, une sculpture de Rhinocéros dans un parc pour enfants. Plus loin, un magasin de déstockage appelé Frakass, avec un logo rhinocéros. Je me demande s'il y a un lien.

Rêve : un homme qui n'est qu'un énorme nombril.

J'aperçois une silhouette et je ronchonne : « Encore un abruti avec une perche à selfie » En fait une canne.

Rêve : forêt qui bouge, montagnes qui poussent, flèches d'église en fer-blanc, ponts Eiffel, Cantal mobile.

Rêvé de deux amazones, chacune ne montrant qu'un seul sein.

Le long de la Cère, des libellules bleu métallisé.

Noms de lieux : Vieillespesse, Col de Curebourse, Jou-Sous-Monjou, Super-Blaise, Montboudif.

Rocher de Carlat : sous Henri IV, pour démonter la citadelle, ils l'ont juste arrosée. Le froid et la glace ont tout démonté.

Leclerc d'Aurillac, un monsieur tient la jambe à la caissière :
« - A un moment, l'alcool, le tabac, y a un revers de bâton.
- Certainement.
- En même temps, chacun ses vices, moi c'est la vitesse.
- Ah.
- On a tous un vice. Par définition, un vice, c'est ce qui va contre la santé, et qui peut s'avérer mortel. Bon, allez, au revoir madame. »

Brimborions de Saint-James : Rêvais qu'on me prêtait une orchidée avec une structure en osier et que je cassais tout en la touchant.

Au réveil, deux amis cyclistes de Cyril sont venus lui dire bonjour. Ils sont en plein circuit, ils font une pause. « A chaque fois, je crache un peu la clope. Il faut dire que je fais plus d'excès que de sport. »

Cyril : « Dans les poèmes et les chansons, on devrait remplacer le mot patrie par prairie, à chaque fois. Ce serait plus joli. Pour La Marseillaise par exemple. »

A Cyril, la prairie reconnaissante.

Lu sur un mur : Acab 1312.

Sur le chemin trois vieux avec chacun deux béquilles. Ils parlent d'articulations. « Mais non, c'est pas la sciatique, la sciatique je connais, ça fait pas ça ! »

Place Guérin, des jongleurs. Maïwenn dit très fort : « Papa, regarde les clowns ! »

Réveil : un oiseau joue de la flûte à bec juste derrière le velux.

Insomnie. Effrayé par une grosse araignée qui file sous la table basse. Je pousse la table, me mets le nez au ras du sol : elle fonce vers moi. Court combat.

vendredi 15 juin 2018

BRIMBORIONS DE JUIN


Saint-Malo. Je me souviens de mon voyage en Pologne : même configuration, même genre de chambre d'hôtel, même lumière blanche de lait qui remplace la grisaille.

Concert à Guéret. A la fin, autour d'un buffet, une dame âgée vient me voir. "D'où vient votre femme Lune?"

C'est une chanson. Je lui explique. Elle ajoute : "Ah bon. Parce que j'ai trouvé quand même ça très cliché."

Thomas arrive : "Ah vous êtes le bassiste ? C'est ça qui ne va pas : vous devriez faire une version pour grand orchestre."

Guéret : feu d'artifice assourdissant, fête foraine, manège bateau qui tourne à 360 degrés entre deux immeubles, toute petite maison d'arrêt, genre la prison des daltons.

Guéret, j'essaye d'attraper des pyjamasques à la machine. Le grappin ferme juste assez mal pour que la peluche tombe avant le trou. Je m'entête. J'ai le plus grand mal à m'arrêter.

C'était à deux doigts.

Une pièce de 50 centimes, c'est quoi ?

J'y repense la nuit. Découverte d'une nouvelle addiction : le grappin.

On rentre de Guéret. Plein soleil. En arrivant dans le Finistère, des nuages menaçants, genre Le Mordor.

On arrive sur Morlaix. « Tu vas voir qu'en plus il va pleuvoir. »

Au moment de passer le viaduc, pluie. On pique un fou rire.

Sur le parking du Quick, où Thomas doit récupérer sa voiture, on ne rit plus. Impossible de sortir. Pluie et orage pendant 45 minutes. On regarde par les vitres, éteints. On voit passer un cycliste trempé jusqu'aux os, un piéton avec un casque de moto, qui marche dans l'eau. Une fille en bottes et minijupe qui trottine sous son parapluie.

Je rentre sur Brest au ralenti. Les infos : Morlaix est inondé et la voix ferrée s'est effondrée à Sainte-Sève.

Dans le carton à bouquins gratuits devant chez Glaoda, j'ai trouvé Un Balcon en forêt de Julien Gracq.

"L'averse autour d'eux faisait frire la forêt à perte de vue"

"Dans l'Armée de la Meuse, il n'y avait guère que l'argot de motorisé"

"Il se sentait à peine concerné par la sieste de cette armée au bois dormant."

Maïwenn s'est inscrit à un TAP « Dessin Papotage ». « Et en quoi ça consiste ? » « Ben on dessine, et puis on papote. »

Contrepèterie : J'ai laté au Gogno.

Une dame dans la rue : « Bonjour, j'ai perdu mon chat. » Je lui réponds que j'ai vu l'affichette qu'elle a collée quelques maisons plus haut. « Elle a le nez noir, et une petite tache là, sous la moustache. »

Elle me montre une photo, s'attendrit : « Et puis regardez ces petites pattes blanches... »

Je lui dis qu'il y a pas mal de chats dans le jardin derrière, et qu'on les entend la nuit, parce qu'ils sont très occupés en ce moment. Elle soupire : « Pourtant elle est castrée. »

Un facteur que je ne connais pas sonne avec un paquet et un recommandé. Il me regarde bizarrement : « Je m'attendais à quelqu'un d'autre. »


vendredi 1 juin 2018

BRIMBORIONS POUR SOLDER LE MOIS DE MAI




Un énorme boum dans la nuit, plus clair qu'en plein jour. Juste après, grosse grêle.

Je suis retourné dans mon collège pour une rencontre avec des élèves. Je rentre dans la salle des profs et, machinalement, me dirige vers mon casier.

Concert de Chris Brokaw au Mouton. Au resto je lui demande si c'est vrai qu'il a été batteur du groupe de GG Allin.

« Oui c'est vrai. Tout le monde le haïssait, mes amis, surtout ma copine, mais c'était un chic type. »

« You know, he was a nice guy... with a heavy sense of humor »

« Mais il ne pouvait pas s'empêcher de se faire casser la gueule. Il s'attaquait à des types deux fois plus costauds que lui. Une chose qu'on peu dire de GG Allin, c'est qu'il n'avait peur de personne. »

« Et c' était pas difficile à gérer pour toi ? » « Well, i had a complex emotional response to his behaviour »

Puis il explique ce que c'est que le black metal : « Des cordes à vide, beaucoup de notes jouées en couches, ça crée du brouillard. En fait le black metal, c'est l'art de faire un nuage. »

Dans le lavoir, un monsieur. Il nettoie, il a apporté des sacs, des produits et un aspirateur à piles. Il parle tout seul, rit très fort, et pousse des cris. « Ah ! On n'en veut plus ! »

Un peu plus bas, deux motards de la police, dont un sans casque, regardent leur portable.

Grand-mère a lu dans le journal un article sur le canot de l'empereur, un bateau d'art qu'il est question de faire revenir à Brest, après un séjour dans les musées parisiens. Elle m'attend de pied ferme, elle a les yeux qui brillent : « Moi, je sais où il était ! ».

« Quand j'étais petite, sur les berges de la Penfeld, à côté de la digue, il était dans une baraque : je le regardais par des trous dans la cloison. Il était tout brillant, plein de dorures. »

« Personne ne savait. Ou ceux qui savaient le regardaient mais ne disaient pas. C'était un secret. »

Elle regarde ailleurs : « D'ailleurs, c'est à côté de là, dans un bal, que j'ai rencontré grand-père. »

Coup de fil en absence. Message : « Allô Christian ? » C'était une erreur. Une vieille dame angoissée.

6 nouvelles tentatives d'appel plus tard, un autre message. Voix blanche : "Allô, Christian, c'est Mamy. Rappelle moi Christian."

Je la rappelle pour lui redire qu'elle s'est trompé de numéro, que Christian n'a pas eu son message, que si c'est une affaire grave, il vaut mieux qu'elle le sache. Elle me répond : "Pardon monsieur, je ne sais plus du tout où j'en suis. Il faut que je dise à Christian, il a perdu son fils, monsieur, c'est affreux." Journée foutue.

Trois jours plus tard. Coup de fil de la même dame, même voix blanche, mais Christian s'appelle Joël.

Message de la même vieille dame hier soir : « Allô, Alain ? »

Citation Henri Michaux : « Quelqu’un tchup… tchup… tchup… »

Caroline frappe à la porte, elle cherche son chat. Elle est avec Hugo son fils, que je n'ai pas vu depuis des années. Le chat n'est pas dans mon jardin ni dans celui des voisins.

Le voisin, quelques minutes avant, a reçu la visite d'un autre monsieur qui cherchait un autre chat. Pas un gros gris tout mou, mais un tigré.

En ce moment, les chats se perdent.

Rendu visite à E qui habite dans une ancienne savonnerie et qui peint des toiles organiques, comme faites de tissus cicatriciels. Sa documentation est un livre de photos sur les opérations chirurgicales.

Concert d'ooTi. Un spectateur vient me voir à la fin : « C'est vous qui avez écrit les chansons ? » « Oui. » « Vous avez utilisé 52 fois le mot ombre. Pourquoi ? »

« Sur 1357 mots en tout. »

lundi 7 mai 2018

BRIMBORIONS DE MAI




Caisse à Intermarché. Une vieille dame juste devant moi moi planque un tube de crème dans les bonbons.

La caissière la voit et la gronde : « On n'a pas idée, remettez le dans son rayon! » La dame : « Ah oui je ne sais pas ce qui m'a pris. » Elle est rouge de honte.

La caissière soupire : « Ah, si vous saviez ! Des fois j'y trouve même des steaks ! »

Entendu : « J'ai attrapé froid au cimetière. »

Dans un magasin de hi-fi, un mannequin passe, allongé sur une civière.

Sur la voie expresse, tôt le matin, il fait encore nuit. Le ciel est rose au-dessus des serres.

Atelier d'écriture à Morlaix : les élèves doivent écrire des lettres à des correspondants burkinabés. « Il faut leur parler de tout ce qui vous entoure, de ce que vous mangez, de vos loisirs, de vos habitations, de vos animaux – par exemple, vous allez parler de chiens et de chats, pas de girafes ! » Je tourne la tête : paf, par la fenêtre, deux girafes.

Deux girafes en bois, mais deux girafes quand même.

Rêvé qu'on était dans notre ancienne maison, chez les B. On essaye de rester discrets, de ne pas laisser de traces. Mais ils finissent par rentrer chez eux et nous trouvent là.

Saint-Renan: photographié une tête de lune à la médiathèque. On va manger : je retrouve une presque semblable sur l'enseigne du restaurant.

Saint-Renan, c'est la ville des têtes de Lune.

Je conduis Arthur au Collège. Devant la grille, toujours le même personnage avec ses tracts et ses pancartes apocalyptiques, qui cherche à recruter. Il joue de la flûte.

C'est une sorte de joueur de flûte de Hamelin, mais que personne n'écoute.

Dimanche : je jette du verre dans le container sur le parking d'Intermarché. Un loup fait son apparition. En fait un grand chien. Son maître le suit plus loin, en béquilles.

Rêvé : Brigitte Fontaine + Areski, turban soufi, puis déambulation, fête de la musique, au fil de l'eau, qui se termine par une dégustation de pâtisseries.

Idée : Le Roi est mort, bien fait pour sa gueule.

Entendu dimanche plage du Moulin blanc : « Et maintenant, une petite grappa pour éponger tout ce vin. »

A la gare, je viens chercher Céline. Un monsieur cherche l'hôtel Ibis. « On y va justement. » Pendant le trajet, il dit qu'il est avocat. « Je viens plaider ». Il sort sa valise du coffre, me sert la main : « Oh, une affaire de merde. »

Maïwenn : « Papa, je sais comment on écrit « Ouah ouah » ! » « Oi, oi ! »

Un pépé place Guérin, qui tient tête à un grand gars plus jeune de quarante : «Ta gueule toi, t'es un vilain ! »

Plus loin, il apostrophe un couple de petits vieux assis sur leur banc : « Salut les faux culs ! »

Entendu, voix d'ivrogne place Guérin : « Hé ! Tu s'rais pas un peu porté sur la boisson ? »

Affichette : « Perdue Mandarine. » En fait, c'est un chat.

Une dame passe : comme elle n'a pas de laisse, elle tient son chien par la queue.

Grand-mère se plaint de ses derniers mots croisés : à la définition « Game of Thrones version française », il fallait trouver « Le Trône de Fer ». Elle n'a pas vu la série.

« Et ça, franchement, « Continent à l'Ouest avec le Nord et Dorne, en 8 lettres ! » Elle s'indigne : « Il fallait trouver Westeros ! »

« Et là c'est le pompon : « Elle est la mère des Dragons » Et la réponse c'est «Daenerys »

Rêve, deux lions énormes dans une arène.

Chez Grand-Mère, son voisin Auguste, 95 ans, vient lui donner des échantillons de sauce qu'on lui met avec ses repas, mais qu'il ne mange pas.

« Et de la vinaigrette aussi. » « Merci Auguste. Auguste fait du yoga. » « Ah bon ? » dis-je. « Oui, dans mon garage. Avant j'allais au Centre, mais maintenant je fais tout seul. Depuis 50 ans environ. Ca me fait du bien. Quand j'ai commencé, j'avais mal partout. Le prof m'a dit il va falloir s'occuper de votre corps, Auguste. Mon corps ? J'avais oublié que j'en avais un. »

« C'est pas compliqué, si tu penses à ton genou très fort, tu vas dans ton genou. L'énergie suit la pensée. »

Au Mouton à 5 pattes, discuté avec M. Sa passion, c'est de régler les problèmes. Je l'appelle Le Docteur Problème.

Il travaille au SAV d'Ikea.

Au moment où il me raconte tout ça, quelqu'un demande quelque chose à quelqu'un. Hop, il intervient, il règle le problème.

Entendu au parc : « Papa, c'est quoi l'ancêtre de la babane? »

Les dinosaures n'ont pas disparu, ce sont les oiseaux.

Reçu un mail intitulé "Jusypisuq, un lieu intéressant" : "si avez moins de ébahissement dans votre existence, vous pouvez vous divertir désormais. Comment le faire, vous pourrez connaître à cet endroit"

Ateliers à la maison d'arrêt de Saint Malo. Dans la chapelle, où on travaille, une vierge noire, un autel en ciment avec une prise au pied, qui se déchausse.

Restaurant, à côté de bourgeois qui semblent échappés d'un film de Chabrol. La mère est de dos, le père est tout rouge, avec un menton en cou de poulet, la fille est une momie en paraffine.

On ne croise jamais le regard. Le père inspecte la bouteille de vin : "Hé mais on tut tut ! Il va falloir en commander une autre."

Les deux femmes tentent de le raisonner : "non non non" Il persiste, proteste, se débat : "Pour mon fromage !"

Rêve : Tsunami ou geysers, je suis projeté très haut jusque dans des alpages où tout est beau. D'en haut, on voit le bas, qui tourbillonne. L'eau a l'air de se retirer, on va peut-être redescendre.

Dédicaces de Chansons Dragon. "C'est pour qui ?" "Pour Maelys" J'ai toujours peur de faire une faute sur un prénom : "Maelys, M a e... ?" La dame a un accent du sud : " M-e, a-e, e, l-e, y-e, s-e"

"Vous pouvez répéter ? C'est M-e-a-e?" "Mais non, M-e, a-e, e..."

Matin. Deux gouttes de sang sur ma portière. Pas des taches, des gouttes, perlées.

"Une goutte d'eau est une maquette de l'océan" Henri Michaux