mardi 16 mai 2017

BRIMBORIONS EN RETARD


Au feu rouge, derrière une voiture. Sur le pare-brise arrière, écrite à l'envers, une suite de consonnes qui ne veut rien dire : "Csrhsrtt".
En fait, il faut peut-être lire "Carhartt". Ce serait un fabriquant de gants.
Ça n'explique pas pourquoi le nom est écrit à l'envers.
L'éclipse était décevante : il a juste fait gris sale, pas nuit.
Du coup, le soleil revient, mais les oiseaux, les arbres et les gens ont l'air plus fatigués qu'avant.
Je vais courir juste après l'éclipse. Tout a l'air couvert de cendres.
Maïwenn me grimpe dessus en criant « Caca boudin ». Je lui dis : « On touche le fond ! » Elle me touche le front.
Croisé un type en costume d'Arsène Lupin, avec une canne à pommeau, qui faisait les cent pas à côté du Rock Circus.
Le lendemain, croisé un autre type rue Boileau, habillé de la même manière, avec la même canne.
Il y a du vent. Dans les feuilles du palmier du voisin, j'ai l'impression de voir une grosse tête de dieu aztèque.
A l'heure du coucher, Maïwenn a peur du vent. Elle se rassure : « Il a pas de boubouille. »
Plein de jeunes habillés en noir devant le bar La Licorne. Ils ont l'air de préparer une grande fête. L'un d'eux sourit en regardant les autres, les yeux émerveillés, comme s'il n'en revenait pas.
Sur le trottoir, un homme avec un casque et une lampe frontale est à genoux à côté d'une bouche d'égout. On dirait qu'il prie.
Dédicace à Dialogues avec A. Un homme tout rouge arrive et se met à nous parler. Il est écrivain, il va publier un livre bientôt, il ne parle que de ça. Sa chemise est ouverte juste sous notre nez : comme il a un gros ventre, on ne voit que son nombril.
Une vieille dame passe un passage clouté. Elle se retourne, l'air stupéfait et fier, et mesure, en hochant la tête, la distance parcourue.
Les jeunes en noir squattent La Licorne. Ils ont planté un drapeau noir au-dessus de l'enseigne.
Tempête. Dans les branches de l'arbre du voisin, des oiseaux roulés en boule font de la balançoire.
La dame du lavoir : « on va le transformer en nichoir à oiseaux ! La mairie est d'accord ! » Elle a les yeux qui brillent.
« Je suis tellement contente, même si il y a la vieille là-haut. » La dame est à sa fenêtre.
« L'autre jour, elle a porté plainte contre moi, elle dit que j'ai pas le droit d'être là. »
La vieille dame se met à hurler dans sa direction. Je comprends : « ...respect à une dame de 84 ans ! »
La dame du lavoir hausse les épaules. « Je lui ai jamais rien fait. Mais quand elle regarde par sa fenêtre, elle veut pas me voir dans le paysage. »
La dame s'éloigne. Quand elle passe sous sa fenêtre, la mémé la prend en photo.
Cette nuit, calme plat dans le jardin. Soudain, un gros brouhaha très lointain, comme une tempête qui arrive. Un chien se met à hurler.
Pas de tempête. Tout est resté calme.
Devant Decathlon, un vieux monsieur dit à une grosse dame rouge, d'une voix traînante : « vous, vous devez avoir des gènes spéciales. »
Par la fenêtre au matin, tout en haut de l'arbre du voisin sur la dernière branche, un petit oiseau la gorge bombée.
Régïs B, batteur : « Mes influences ? Les musiques apaches dans les westerns et la fanfare de mon village. »
Dans l'arbre du voisin, comme une grosse chouette à tête blanche. La lumière change : c'était une branche.
Drôle d'étoile au-dessus du muret. En fait ça doit être une planète car elle ne clignote pas. Mais on dirait qu'elle est en train de se scinder en deux.
La planète, plus tard une autre nuit : elle est au zénith, mais elle brille toujours trop.
Jacques m'a offert une sacoche. Du coup, je mets mes papiers dedans et je le trimbale en bandoulière. Aujourd'hui, au parc, un petit me dit : « Bonjour facteur. »
Revu Renaud M avec cette fille. Ils marchaient main dans la main. Au bout d'un moment, il s'arrête, met ses mains sur ses épaules et lui parle face à face, très près. Elle le regarde comme hypnotisée. Elle est extrêmement pâle.
Dans la véranda, plus de lumière. Maëlle l'a remplacée par une grosse bougie. L'ambiance est un peu flippante.
Maëlle est partie fumer dans la véranda. Elle pousse un cri : « Il y a un rat ! »
On regarde avec la petite lampe torche qui s'actionne à la main, avec une gâchette. Bruits de Wizzz wizz : la lumière est blanche. Pas de rat.
Je tape dans les parasols repliés, derrière lesquels il se serait faufilé. Pas de rat.
Le lendemain, je tente de mettre une pierre sur l'assiette qu'on a posée sur l'évacuation des eaux de pluie. C'est par là qu'il a dû venir et filer. La pierre est lourde : je casse l'assiette.
De retour du Lasergame avec Arthur et N. Il est 16h30. On voit un petit rat marron qui court au milieu de la rue.
Il se cache sous une voiture. On lui fait peur en voulant le regarder, il file dans une bouche d'égout. Là, il reste juste le bout de sa queue qui dépasse. Puis, encadrée par la bouche, sa petite tête, qui nous regarde sans bouger.
S, disquaire spécialisé vinyle. Je fouille dans ses bacs quand un client entre, portant deux gros sacs remplis de disques. « Salut, les disques, tu les achètes aussi ? » « Montre voir. » S feuillette le contenu des sacs avec un nez d'expert. « Non, le vieux jazz comme ça, c'est invendable. »
« Je t'en prends un pour la forme, mais pas le reste. » « Même si je te laisse le tout pour trois fois rien ? Parce que je vais pas repartir avec tous ces sacs, c'est vachement lourd. »
Le type repart avec ses sacs. S : « Tu as senti cette odeur ? » « Moisissure ? » « Tut tut tut, pisse de chat. »
Steven renifle au-dessus du disque : « Étonnant, juste sur la tranche. »
Paramé, près de Saint-Malo. On passe à côté d'une maison à plaque : « Maison de J Cartier, découvreur du Canada. » Cent mètres plus loin, une autre plaque : « Maison de quartier ».
Sur le tableau dans la salle d'Histoire : « Pour vendredi, ex 19 page 210 + finir les pyramides »
Y est parti à la reconstitution de Waterloo, me dit O, qui ajoute : « Il avait raté Austerlitz. »
Vu : Rue Jean Le Moult, victime du devoir.
Maëlle crie : « Qu'est-ce que c'est que cette horreur ? » en capturant la chose dans un mouchoir. On regarde : une blatte.
Réflexe : je l'écrase dans le mouchoir. Elle n'est pas morte. Je l'écrase encore. Du sang rouge coule.
Vu Didier au parc. Il soupire : « On vit vraiment dans un monde... » Il regarde autour de lui, consterné. « Enfin bon c'est comme ça. »
Je fume dans la véranda. J'ai l'impression que mes bronches sifflent. Fausse alerte : c'est un oiseau.
Mail : « Verdun + seconde guerre mondiale – offre découverte. »
On dort dans un motel à Cognac. Dans la nuit, des agriculteurs en goguette font une course de brouette devant notre porte.
Au dos d'un camion : « No Airbags. We die like real men. »
Maïwenn dans son bain : « Papa, tu veux une tasse de thé ? » « Non. » « S'il te plaît ! » « D'accord. » « Avec des bonbons et du sucre ? » « Ok. » « Et du poison ? »
A la pharmacie, une dame à une autre : « Il paraît que dans ce pays, il y a encore des troglodytes. » « Ah, qu'est-ce qu'ils doivent être bien ! »
Arthur : « Papa, dans l'océan, tu préfères rencontrer un requin ou un espadon qui veut t'empaler ? »
Je croise le docteur B sur un parking, il tient sa pipe entre ses doigts. « Je viens de voir une voiture avec un nom hallucinant. » Il me montre la marque : Yéti.
Maïwenn : « Hein papa, les lapins ça n'existe pas ? »
« Ben si, tu te souviens de Clément, il avait un lapin. »
« Oui, mais c'était le seul, hein ? »
« Et les autres lapins ils sont cachés, hein ? »
Syntaxe : Maëlle à Arthur : « Et comment t'es long des ongles au niveau des pieds ? »
R est allé une fois à la cérémonie de remise des prix du Festival du court-métrage. Le meilleur acteur était son sosie. A la fin, tous les gens le félicitaient.
Voyage à Paris. J'ai rencontré Noël. On rentre ensemble en métro. Il me dit : « Une chose dont il faut se souvenir : même les paranoïaques ont parfois des ennemis. »
Concert de Chansons robot à Cavan : une dame me demande un dessin à la fin. Au départ gentille, comme j'ai du mal à trouver celui qu'elle veut, elle prend un air autoritaire et impatient.
Au Mac Guigan's, Brest. Un homme au comptoir me tend la main : « Salut. La fusée de Tintin, c'est moi. »
Montmartre. On prend des photos avec Joseph, Maëlle et Gildas. On croise trois militaires au pied du sacré cœur. « Est-ce qu'on peut prendre une photo à côté de vous ? » « Non. » Je dis : « J'imagine que si je vous demande de nous prêter votre fusil, vous allez dire non aussi ? »
Chapi m'a donné une grande courge. J'oublie de la manger.
Dans mon jardin, la courge de Chapi a pourri, dégonflé.
Paris : je cherche un magasin de disques appelé « Music fear Satan » Le type arrive en retard. Je cherche dans les disques de black metal : « vous avez du black metal? »
« Heu, je suis pas trop black metal. Je suis pas trop métal non plus. »
Puis, agacé : « D'ailleurs, franchement, le metal c'est vraiment pas mon truc. »
En fait, tout est dans le titre du magasin. J'avais qu'à lire.
Rêve : un dictateur, un front de mer, des surfeuses, un poisson.
Avant de m'endormir, visions colorées, comme un papier peint en fusion au fond de l'eau.
Ma collègue Valérie fait étudier Dracula à ses élèves de 5ème. Des parents ont demandé à ce que leur enfant en soit dispensé, « pour des raisons personnelles ».
Un trait vert fluo dans la nuit, discret, j'ai failli ne pas le voir.
Une dame devant le lavoir : « avant ici ça sentait le feu de bois »
D au Festival invisible : « J'espère que ça va être bien, ça m'a coûté 14 euros quand même ton truc ! »
Il me donne des adresses de sites de naturopathie : « Tiens, tu verras, ce qu'on y apprend sur les chakras, c'est étonnant. »
Rêve : je suis en chaise roulante. On m'attaque : je frappe et broie mes adversaires à coups de chaise.
Rêve : un type sans jambes, des jambes sans type.
Salon de l'Amiral Ronarc'h. Je demande au monsieur : « c'est pour vous la dédicace ? » Il répond : « Ah non, moi la BD j'en lis pas, ça m'fait chier, c'est pour mon fils. »
Maïwenn : « Papa, tu préfères la lune en forme de boule ou de banane ? »
Entendu à la formation Réforme : « Les EPI sont ils des IDD ? », « Il faut assurer le suivi des cohortes », « quels que soit les flux des cohortes » , « il faut garder une approche curriculaire », « non, rassure-vous, ce ne sera pas sanctionnant », « les programmes doivent être soclés »
T conduit le camion. Au péage, comme il n'est pas grand, il a parfois du mal à atteindre la borne en se penchant par la fenêtre. Il grogne : « J'espère que je ne vais pas encore avoir un problème de taille. »
On tourne un clip pour Chapeau. Deux ustensiles : une cape de deuil de Molène et une valise.
On oublie la valise à Saint Cadou. Pour la scène de Plougastel, on doit en prendre une autre.
M me raconte une anecdote autour de la mort d'E C, ou de celle de son père, je ne sais plus, où il est question d'une cape de deuil et d'une valise.
Sur la plage de Plougastel, un monsieur : « Qu'est-ce que vous tournez là ? » « L'autre jour, dans les bosquets là-bas, il y avait une femme nue, une rousse, très belle et bien dotée par la nature. » Sa femme acquiesce.
« Elle était modèle pour un photographe. Quand on les a salués, elle a traversé la clairière toute nue, en se piquant les pieds aux châtaignes. »
« Une sorte de fakir... »
Grand-mère raconte à O sa jeunesse pendant la guerre : « On avait creusé un abri dans un talus. On pouvait se mettre nombreux là-dedans. »
« Arrivés au pont de Treglonou, il était si étroit que la cheval ne voulait pas passer. On a dû lui bander les yeux. »
Chez M, les glaçons sont sans eau. Des boules de plastique qu'on met au congélateur. « ça évite de mettre de l'eau dans son vin »
Sur l'écran de la télé de M, une sorte de mire : c'est l'impact d'une bille tirée avec son pistolet, un soir de débat présidentiel. Il visait Sarkozy.
Dans le reflet de la vitre, j'ai l'impression que main est déformée et qu'elle a vingt doigts.
Festival de Quintin. A est fasciné par les Choucas.
Je dors chez une dame très pieuse, qui travaille au lycée Jean Vingt Trois.
Je fais un rêve étrange et que j'ai envie de trouver prophétique.
G. C., illustrateur dessinateur : tous les ans, il va faire de la manutention pendant un mois. « Ça me fait du bien : quand tu décharges ta palette, tu ne te dis pas alors bleu ou rouge ? Tu décharges ta palette. »
J C : sur sa terrasse, il lit le journal. Sa maison est un ancien bordel, et un ancien atelier de Toulouse-Lautrec. Elle est située juste en face du Chat noir.
Dès que la porte qui donne sur la rue est refermée, le bruit cesse : on n'entend plus que des oiseaux.
Son chat tente de grimper sur une gouttière : « Il essaye de me persuader qu'il est acrobate. »
« Les peintres sont toujours en avance sur la science. Les impressionnistes décomposaient déjà la matière avant Einstein. »
Il me parle de Fragonard, et d'un tableau au Louvres, « L'enlèvement des Sabines », où les soldats ont l'épée qui cache « la bite »
« Pirandello, on lui demande de quoi parle sa pièce, il répond : « ah mais je ne sais pas moi,je ne suis que l'auteur ».
Ça me fait penser à Yvon Coquil : « Alors Yvon, il est bien ton nouveau livre ? » « Je sais pas je l'ai pas encore lu. »
J. C. Il m'explique la règle des ¾ : « mais bon, je me doute que vous la connaissez ça par cœur. » J'ignore absolument tout de la règle des ¾.
Noël : « Attends, je vais te donner le contact du chef opérateur de... Attends je regarde sur le fiche du film... Ah non, zut il est mort. »
« Qu'est-ce qu'il y a comme morts quand même. »
Je reviens à pieds de l'intermarché avec les enfants. J'entends comme un bruit de serpent à sonnettes sous le trottoir.
F vient me déposer sa facture. Au bout de trois secondes il me tutoie.
Je lui propose une bière, il me répond : « ah non, plutôt un vin cuit ou un whisky. » Je le sers : « Tu bois pas un petit coup avec moi ? »
Sa passion : la pêche à la mouche. « On trouve, tu vois, de très vieilles mouches chez Emmaüs. Un peu comme les très vieux timbres, tu vois, des mouches très très vieilles, de collection. »
Rêve : je suis avec R et il emmène ses enfants à l'avion. Les avions, un par enfant, décollent. Au fond, ils explosent. Il me dit : « Bon, ben tu n'as plus qu'à reprendre le scénario. »
A Kijoupark. Je consulte un site sur le black metal. Soudain, j'ai l'impression d'entendre des hurlements en sourdine : zut, j'ai dû oublier de couper le son. En fait, c'est la voiture manège derrière moi qui couine.
C a acheté l'adresse de site « brest2016 » pour faire chier la mairie.
J'ai noté sur mon carnet : « C tracts Marianne » mais je ne sais plus ce que ça veut dire.
Interview sur le Guerrier Mouktar par une journaliste suisse, Sita Pottacheruva. Elle se promenait rue de saint Malo, est entrée au café du Coin d'la rue, a discuté avec Mireille Cann, qui est mon meilleur agent.
Le Guerrier Mouktar parle de l'Inde. La journaliste est d'origine indienne. Ce qui est une incroyable coïncidence.
Mireille Khan.
M me dit qu'il connaît un type bizarre qui a des tics de langage. Par exemple, quand la discussion s'emballe, il répète sans arrêt : « Hola, cheval cheval cheval cheval »
Et quand il veut installer un suspense : « Hola, of the night of the night of the night »
Nantes. Un jeune homme dans un fauteuil roulant lit un livre face à une grande étendue de pelouse. Je regarde discrètement le titre : « Un chemin de libération. »
On rentre de la prairie, sur les petites routes de Vieux Marché, et on tombe sur un accident. Une voiture sur le toit. La jeune femme est indemne. Juste une bosse sur le front. La voiture est défoncée. Je pose un triangle de circulation. On la ramène chez elle. Elle dit : « Je savais bien que ce n'était pas mon jour de chance. » Je lui dis : « Si, finalement, c'est votre jour de chance. »
Après l'avoir déposée, on retourne poser un autre triangle. Au passage, je jette un œil dans l'habitacle écrasé. Des livres en désordre. Un recueil de contes de Henri Gougaud, et les œuvres complètes de Racine.
Footing à Penfeld. Après le premier tour, comme je suis encore en forme, j'en fais un deuxième. Je suis récompensé par un héron, juste après la descente, au milieu de l'eau.
Il ne bouge pas. Je le regarde longtemps. Puis j'attrape ma cheville pour m'étirer et il s'envole.
J'apprends à ma belle-mère à consulter ses mails à distance. On réinitialise son mot de passe. « Monique, choisissez un mot, n'importe lequel, le premier qui vous vient. » Elle dit : « Et bien, disons... Parricide. »
Petits détails inquiétants : une voiture qui roule à tombeau ouvert dans la rue, qui prend le virage limite à se mettre sur le flanc. Un type qui sort d'une voiture, se trompe de sens dans la marche, prend le passage clouté à l'envers et manque de se faire écraser. Un chauffeur de camion énervé qui me colle au pare-choc.
Rentré tard du cinéma. Ciel de nuit verdâtre.
Dans la rue, trois silhouettes d'éclopés, un qui boîte, un avec des béquilles. Voix éraillées : « Comment ça t'as dormi avec ta mère ? » « Ah ben ça s'est passé comme ça. »
Je vois pas mal de pies ces jours-ci. A chaque fois j'espère que c'est un geai. Mais ce sont des pies, avec une queue multicolore.
Footing à Penfeld : j'ai l'impression qu'un pigeon me suit.
Et puis je croise une pie à queue multicolore. Re-le pigeon. J'ai l'impression d'être suivi par des oiseaux.
Aujourd'hui, quelques pigeons et des pieds, mais discrets. En revanche, une sorte d'oiseau gris à capuchon sur la vasière, avec un air de comploteur.
Chez M, la grille de la porte d'entrée tient avec un pique à bigorneau.

Au Balzac. La patronne, à celui qui lui demande ce qu'elle devient : "Hé ben tu vois, 33 ans de bistrot, 200 cuites par an, 11 fermetures administratives, veuve depuis 11 ans, un chat, un chien, un lapin."

Mon voisin de comptoir n'arrête pas de rire et de faire Bip Bip. Il a bu su saké à midi, paraît-il. "Vous verrez ici, il n'y a ni chevaux, ni dinosaures, Bip Bip !"

J'entends la patronne qui se confie à voix basse : "Écoute, j'étais chaude comme la braise, il était frigoriste" 
M : « Quelqu'un avait dit à P, « t'es pas cap de jeter ta voiture neuve dans le canal ? » « Si ! Qu'est-ce tu me donnes en échange ? » « Un Ricard. » P se jette en bagnole dans le canal. Il était plongeur, il savait y faire, il remonte à la surface : « Et mon Ricard ? »
M : « Des fois j'arrive au concert, P a disposé toute sa batterie à lat sur le sol. » « Ah, tu vas jouer comme ça ? » « Oui,aujourd'hui, ce sera batterie plate. »
M : « Une autre fois, P a monté les éléments de la batterie les uns sur les autres, comme une tour. » « Ah, tu vas jouer comme ça ? » « Oui,aujourd'hui, ce sera batterie verticale. »
Jogging. J'écoute Donovan, Season of the witch et je croise une fille aux cheveux longs et noirs, habillée en noir, qui promène un chien noir.
Place Guérin ce matin. Des agents de la ville nettoient les bordures. Un type tenant une bouteille de vin quasi vide joue avec son chien, lui dispose des éléments sur le sol, et le chien essaye de les attraper.
Entendu foire St Michel : « Ça va ? » « Ben non, mon pancréas a un casque colonial posé dessus. »
Je fume une cigarette dans la véranda. J'entends un coup sourd. Je me dis qu'Arthur a dû laisser tomber un bouquin. A nouveau gros coup sourd. Je pose ma cigarette et je rentre. Devant la porte d'entrée, par la vitre brouillée, je devine du monde. Il est une heure du mat. Je me dis que ce sont des jeunes qui boivent des bières sur les marches. Je m'approche dans le couloir, j'entends mieux, ils ont l'air très speeds. L'un d'eux dit un truc du genre : « Putain c'est quoi ton 06 ? » Soudain, ils détalent à toute vitesse : ils m'ont peut-être vu à travers la vitre en verre brouillé. A travers la vitre, je vois qu'ils ont oublié quelque chose. J'ouvre la porte, fermée à double tour. Il y a deux serrures. La porte s'ouvre. Il y a un type allongé en travers sur les marches, couvert de sang.
La première chose que je trouve à lui dire, c'est : « Heu... Ça va ? »
Je l'aide à s'asseoir contre les marches. Il dit : « Putain, je me suis fait défoncer. » Il a du mal à parler. Un type arrive dans la rue : il m'explique qu'il a ramassé le monsieur avant qu'il soit blessé, et qu'il dormait au milieu de la route, et qu'il l'a déposé sur mes marches. Ensuite, comme il est reparti fenêtre ouverte, il a entendu des jeunes crier : « Wesh il tout seul », et foncer vers le type. Le temps de garer sa voiture et de revenir, il trouve le type ensanglanté sur mes marches, et moi en train de lui parler.
Police secours. Pompiers. Dépositions. Tout le monde repart. Je verse trois grandes casseroles d'eau sur les marches, et je les brosse jusqu'à ce que les taches de sang disparaissent.
En rentrant de Lesneven hier, je roule derrière un camion marqué « Bizarro »
Une vieille dame qui tire un chariot à roulettes et, très lentement, s'approche du coffre d'une grosse bagnole, genre 4x4. Elle s'arrête, fouille dans ses poches. Je crois qu'elle cherche ses clefs. Grosse bagnole pour une si petite mémé. En fait elle attend dix secondes, reprend son souffle, et entreprend de la contourner.
Pour aller à l'école élémentaire des Hauts de Penfeld c'est facile, il faut suivre la rue Kant, puis prendre rue Hegel.
Curieusement, par contre, on arrive place Jack London.
Je rentre chez la Fleuriste. Personne. Quand elle finit par arriver, fredonnant, se croyant seule, elle crie en me voyant.
Cette nuit, une bande de SA sont passé sous nos fenêtres. Le premier hurlait le plus fort possible, et les autres reprenaient en chœur.
C'était des SA j'en suis sûr. Si ç'avait été des SS, on ne les aurait pas entendus.
Au marché sous la pluie. Un type passe devant moi en hurlant : « I'm singing in the rain. »
Dans le train. Devant moi, un monsieur aux cheveux gominés, qui dort. Devant lui, trois téléphones empilés.
Rêvé d'un petit serpent jaune que je coupais en deux.
Ce matin, en emmenant Arthur au collège : le drapeau de la mairie est déchiré, il a perdu le rouge. Blanc bleu.
Au palais des congrès de Pontivy. Je me perds. C'est labyrinthique. Avec Ched, on arrive dans la salle du mauvais côté. Tout le monde se demande comment on a fait pour arriver par là.
Un labyrinthe. La porte des toilettes ouvre en fait sur un couloir.
Pendant la balance, Ched dit : « C'est bizarre, j'entends des voix bizarres dans mon retour. » Le sonorisateur lui répond : « C'est normal, j'ai laissé mon i-pad branché »
Plus tard, je suis seul dans le hall à installer le merch. J'entends des pas, des bruits de gens qui viennent, mais personne n'arrive jamais.
Dans le couloir des toilettes, encore des gens qui parlent. C'est peut-être le vent.
Passé devant le magasin de cannage rempaillage. Collé sur la porte, « Fermé pour cause Maladie »
Plus loin, dans la vitrine, un seul bouquin : « Mort, quelle est ta victoire ? »
Maïwenn : « Dis papa, quand maman était petite, j'étais où ? »
Rêvé d'O. Il enlève ses yeux, me les donne et, par fierté, fait semblant de ne pas être aveugle. Au bout d'un moment je les lui rends.
Travaux au bout de la rue en ce moment. On entend la machine dès 9h00, c'est une excavatrice.
Je me demande quel genre de trou ils sont en train de creuser.
Grand-Mère a un code avec le voisin d'une face, qui a 99 ans : il laisse sa fenêtre entrouverte pour lui dire « je suis toujours en vie ».
Au rayon Fruits et légumes, comme d'habitude,je n'arrive pas à ouvrir le sac plastique. Une femme s'approche de moi et je lui demande de m'aider. Elle m'explique que j'ai les doigts trop secs.
Elle mouille les siens et hop, par magie, elle ouvre le sac.
Depuis, je n'ai plus jamais de difficultés.
Dédicace au Leclerc. Un monsieur s'approche, c'est lui qui tient la crêperie de Bohars. On parle de l'Inde ; il y est allé souvent.
« Avant, les gens jetaient tout par les fenêtres mais c'était bio dégradable. Maintenant, l'Inde est couverte de plastique »
« Et puis il a le porno. Ils ont dingues avec ça. Nous, on a eu le temps d'y aller progressivement, ça a pris des siècles. Eux, ils se sont retrouvés direct avec le plus hardcore direct sur leur téléphone. Ça rend fou. »
Citations d'Henri Michaux trouvées dans Qui je fus :
« L'homme est une âme à qui il est arrivé un accident. »
« On lui jetait des pierres et ils les mangeait. »
« Coupe le chat, il reste la queue »
« Il ne faut pas battre un arbre ému. » 
« Je ne suis pas mégalomane : je suis l'empereur de la planète Saturne. »
Extrait de l'Air des gars de Saint Herbot, un kan ha diskan : « J'ai beau taper dans le tronc, il n'en tombe que des corbeaux »
Entendu dans un dessin animé Batman : « T'as vraiment l'esprit tordu, Cerveau »
« Sache que j'ai mes propres anticorps, et qu'ils sont au service du Bien. »
T à L : « Je t'ai déjà vu en slip, on dirait Cousteau en 60. »
Sur la route de l'est, de grands panneaux « No Phone ».
Puis des espèces de globes, des planètes en carton pâtes, sur des pylônes.
En conduisant Arthur au collège : un camion de fruits sur les flancs duquel on voit une corbeille de fruits et le visage d'une dame aux yeux suggestifs et aux lèvres boudeuses. La marque : « Charnel » Le slogan : « Le fruit défendu. »
Au Royal avec E, on rencontre F, qui dit : « Je suis un peu crevé, hier j'ai organisé un barbecue sur un méthanier »
« A la fin, le capitaine des philippins nous a serrés dans ses bras, et puis on s'est perdus dans le bateau »
On va à Rochefort-en-Terre avec T. Sur la route, on croise un cycliste en jogging squelette.
Ateliers d'écriture à Fouesnant : M me raconte qu'au canada, ils boivent d'un alcool spécial. Au fond de la bouteille, un orteil.
« Un orteil de quoi ? » « D'humain, il les achète aux hôpitaux. »
« Le but est de boire sans toucher l'orteil avec la bouche. »
A Quimper, Raphaël : « J'ai une petite serre, et pour éviter que ça soit tout sec quand je reviens de vacances, j'ai fait un truc tout simple : une électrode plantée dans la terre, pour voir s'il faut arroser, une petite pompe, un moteur et un seau d'eau, et une petite caméra go pro, comme ça je peux regarder mon jardin quand je veux. »
« J'ai construit un robot qui se dirige avec un GPS. Il photographie tout à 360 degrés. Comme ça, tu peux tout archiver, le temps et l'espace. »
« Et j'ai fait aussi le dernier gadget de Pif Gadget. »
Je passe voir B dans son magasin. Quand j'arrive il saigne du nez. « Je crois que je vais crever. Quand ça s'arrête pas de saigner, on meurt, non ? »
Maëlle est partie en vacances à l'île d'Yeu. J'emprunte un DVD, "Maine océan" de Jacques Rozier, ça se passe à l'île dYeu. J me raconte sa traversée cauchemardesque vers l'île d'Yeu. Je croise O à l'école, il revient de l'île d'Yeu.
Un frelon contre la vitre. Il a l'air de dormir. Je retourne d'un coup le velux, pour qu'il s'enfuit. Il ne bouge pas. Il dort.
Je tape sur l'envers du velux. Ça ne le réveille pas.
J'essaye de le chasser avec un journal, il se coince dans la rainure du volet roulant.
J'essaye de l'attraper avec une pince à épiler. Il se défend comme il peut. Je finis par le serrer et par le jeter dehors.
Le combat m'a épuisé pour la journée.
Encore un frelon hier. Ils rentrent par les fenêtres battantes. Il faut leur ouvrir en grand, et ils arrivent à sortir.
Croisé P à la garderie. Son fils est en train de lui demander « c'est quoi un mystère ». P me demande, alors je réfléchis et je dis : « Un mystère, c'est quelque chose qu'on ne sait pas, mais qu'on aimerait bien savoir ».

Vu collé sur la fenêtre d'une maison : « poissons bizarres, 10 euros »

lundi 30 mars 2015

BRIMBORIONS DE PRINTEMPS

Sur un mur : « Horus ! Horus ! »

Dans le parc, une dame très grosse allongée sur un transat parle à ses deux enfants qui jouent à la bagarre  : « Ah ben oui c'est bien beau de chialer, bande de nazes, mais quand vous tomberez sur quelqu'un qui voudra vraiment vous cogner la gueule, faudra bien bouger votre cul putain ! »

La dame en jogging : devant chez moi, elle regarde le vieux lavoir en contrebas. Je lui dis bonjour, elle me dit : « J'aime bien cet endroit, c'est apaisant. »

Elle lève les yeux vers le bas de la rue : « Même si y a la vieille là-bas qui me regarde. » Au fond, à sa fenêtre, une vieille dame immobile.

« Elle est tout le temps en train de me juger, elle me déteste. Mais je m'en fous, je viens quand même parce que l'endroit me plaît. » Elle se tait. Le lavoir est rempli de ronces et de mauvaises herbes. Dans l'eau, deux trois bouteilles vides.

Je recroise la dame en jogging : « j'ai trouvé un tableau dans l'eau, je savais pas quoi en faire, je l'ai mis à côté de votre poubelle. » C'est un portrait, peint à l'acrylique.

Intermarché : une voix publicitaire dit : « Promotion cette semaine. - 25 % sur tous les légumes moches. »

Dans le square, trois SDF tout rouges, dont l'un porte une veste fluo de la sécurité routière. Ils boivent des canettes de Bavaria. Au milieu, sur le banc, une tableau qui représente un coucher de soleil avec écrit dessous : « Tranquility. »

Je me gare près du vieux lavoir. J'entends des voix. La dame en jogging est avec sa fille au bord de l'eau. Elles rient. Au bout de la rue, à sa fenêtre, la vieille est à poste.

Revu sur un mur : « Horus ! »

Arthur a compté les billets du monopoly : 1 million 540 000.

« Je viens du notre planète. »

Discussion avec les voisins. La vieille dame apostrophe des fois le facteur quand il trouve porte close : « Déposez le colis chez moi, on a l'habitude de faire comme ça ! » Quelqu'un la soupçonne de ne pas les rendre tous.

Des ouvriers sont venus et ont tout nettoyé le lavoir. Plus d'herbes folles.

Lamballe : Jean-Bernard Pouy dit à Briac : « C'est bien, votre BD, là, c'est même honteux, la BD mérite pas ça. »

Dédicace à Lamballe. « C'est pour Lou. Ma file s'appelle Lou. C'était prévu d'avance, mais coïncidence : le jour de sa naissance, je ne sais plus quel acteur lisait les lettres à Lou à la radio. Et le plus incroyable, c'est que l'accoucheur était un grand noir du nom d'Apollinaire. »

Lamballe. Gérard me dit qu'il connaît un polonais atteint de synesthésie, cette faculté de percevoir les sons sous forme de couleur. Quand il joue Georgia au piano, comme il la trouve trop marron, il rajoute du bleu.

Lamballe. Gérard me dit qu'il a des amis en Allemagne qui connaissaient Champion Jack Dupree, le pianiste de blues. Son père avait appris dans le sud des états-unis, sur le piano mécanique de son maître, en suivant les touches qui s'enfoncent toutes seules. Il a appris à son fils à jouer suivant la même méthode : il posait les doigts sur ceux de son père.

Arrington de Dionyso au Festival Invisible. Je lui demande s'il a été influencé par le dub. Il dit que oui. Il précise : « ce n'est pas juste une musique, c'est une philosophie. »

Arrington me raconte qu'il s'est promené tout seul dans Brest. Il a trouvé le kiosque de la place Wilson, est rentré dedans, a constaté que c'était une chambre à échos.

Festival Invisible : j'offre un disque appelé « Logé dans la dent creuse du studio préhistorique » à Yves. Il y voit un signe : il s'est fait enlever une molaire la semaine dernière.

Yves croise un type qui est avocat. Il y voit un signe aussi : il s'est entaillé le pouce en pelant un avocat.

Concert à Bannalec : ambiance de village. On se croirait dans Jour de fête de Tati. Au café, le serveur sert la main à tout le monde. La serveuse est callipyge.

Saint Renan : un superbe oiseau, peut-être un héron, planté dans le plan d'eau.

Avec Arthur, on écoute du rock en voiture : « J'aime bien ce morceau, mais il est trop blanc. » Je lui mets un truc plus violent : « Mouais, là c'est gris. »

Les gars venu pour l'entretien de la chaudière parle tout seul en la démontant. « Bon, on va voir ce que tu as dans le ventre. » « Et hop, maintenant, le petit lapin ! » : il utilise une clef universelle accrochée à un porte-clef en forme de lapin.

A la caisse du supermarché, je parle tout haut en tapant mon code de carte bleue et je le dis à tout le monde.

A une époque, mon code de  carte commençait par 666. A chaque fois que je le tapais, j'avais l'impression d'être Satan.

Pourquoi, à chaque fois que je tape piano sur mon clavier, ça fait pinao ?

Et pourquoi, à chaque fois que je tape « porc », j'écris « proc » ?

« Il s'endormit, la tête posée sur un oreiller douillé. »

« Il paressait fatigué. »

Une jolie fille, mais elle a la joue qui colle.

Des oiseaux : un rapace sur un poteau, un cormoran sur le plan d'eau.

L'Eglise Saint-Martin, couverte d'échafaudages, fait cathédrale en allumettes.

S me dit qu'elle travaille dans une entreprise qui gère l'organisation du cimetière, son quadrillage, ses répartitions. Elle veut bien que je vienne faire un stage.

Un sage maladroit, dont les propos n'auraient ni queue ni tête et qui s'appellerait Confusius.

J'ai croisé quelqu'un pendant le Festival Invisible qui connaissait David E. Je demande : « C'est un pseudo, non ? » Et il me dit qu'il ne croit pas, non. Personne n'a l'air de savoir qu'il s'appelle en réalité Félicien Cimetière.

J'ai l'impression qu'on marche sur le toit. Et puis ça court, ça dévale. Sûrement des mouettes, mais alors avec des chaussures.

Je rentre du boulot. Lumières mouvantes sur le mur du salon. J'ai l'impression d'être sous la mer.

Pneumaphobique d'Yves Le Tirilly : « Tu n'as pas froid aux yeux, vous. »

Yves Le Tirilly : «  On vit une période de super enfer. »

Yves Le Tirilly : « Fumer deux cigarettes en même temps serait une bonne chose pour emmitoufler le brouillard. »

Croisé le bretonnant M au salon de Lenvor. Il a écrit des centaines de livres sur le sujet. Je soupèse un gros roman en breton sur la révolution. « C'est mon quatorzième roman. »

« Et alors, tu as appris le breton depuis la dernière fois ? » Je réponds : « Non, mais je bouquine un livre sur les noms, j'essaye de savoir quel est le sens des noms bretons, par exemple que Pinvidic veut dire le riche. » Il hausse les épaules : « Mouais enfin bon, ça tout le monde le sait. »

Tout le reste du salon, quand je le croise, il me scrute d'un œil accusateur.

Quand je pars, je le recroise et je lui dis au revoir. Il pousse un mmmf renfrogné.

Cette nuit, sensation que mon lit est à la verticale et que je suis accroché au matelas comme à un mur.

SAMU devant l'immeuble de la vieille dame.

Concert de Chansons robot à côté d'Elliant. Quand on arrive, Thomas a déjà garé sa voiture à côté de la porte de service. On a beau faire le tour, on n'arrive pas à trouver par où il est passé. A un moment, on se demande même s'il n'a pas atterri.

Au local des petits débrouillards, où Arthur va tous les mardis, A m'explique le fonctionnement de la petite box : « ça crée un petit internet d'une dizaine de mètres de portée. On peut se connecter et laisser des documents. Chez les agents secrets, on appelait ça une dead drop. »

« Seul l'espion sait que la zone est connectée : il passe, laisse ses données, et disparaît. Avant, on enlevait une brique dans un mur et on laissait des documents, ensuite on a vu des ports usb scellés dans le béton. Maintenant, on laisse en wifi. »

« On pourrait même envisager la possibilité de circuler sur un vaste espace en passant d'une dead drop à une autre. »

« Sur le quartier Saint-Martin, on pourrait créer un Saint Martinet, qui serait constitué de plein de petites dead drop mises bout à bout. »

Petits débrouillards : grâce à des capteurs, on peut jouer du piano en appuyant sur des fruits. Maïwenn fait du boogie-woogie à un doigt sur l'orange.

En approchant ses doigts de la banane, mais sans la toucher, Christophe arrive à créer une nappe.

Des conséquences apocatalyptiques.

Projet de BD autour du quartier de la Défense : Kris me propose d'y participer, et me dit qu'il y a sous la Défense une cathédrale engloutie.

Il y a aussi un dragon de trente mètres dans un atelier souterrain, créé par un plasticien aujourd'hui décédé.

Personne ne peut plus le voir, pour des raisons de sécurité. Personne n'utilise non plus la gare fantôme, qui fait 200 mètres de long et n'a jamais servi.

Dans les sous-sols de la Défense, il y a aussi l'atelier de Patrice Moullet, le compositeur de Alpes/Catherine Ribeiro. Il y fabrique des instruments gigantesques.

Je viens d'acheter son disque enregistré là-bas : Rock sous la dalle.

Cette nuit, je me réveille à moitié et je suis tenté de regarder l'heure. Mais comme à chaque fois que ça m'arrive, je m'aperçois qu'il est 4h00 du matin et que je n'arrive pas à me rendormir bien, je décide de ne pas le faire.

Je m'endors content d'avoir résisté à la tentation.

J'entends un enfant qui crie et qui cogne sur le mur. C'est Arthur en fait, qui nous dit de nous réveiller car il est 8h10 et on n'a pas entendu le réveil.

Concert de JB blues chez Müller. Un type tape dans le dos de Kevin Wright, grand guitariste de blues brestois, et lui dit : « Hé ben à côté, toi, on peut dire que t'es vraiment un nain. »

Réveil : je regarde les corpuscules noirs qui nagent dans mes yeux. Je cherche à faire le point. Soudain, l'un d'eux se transforme en une sorte de losange citroën.

Hier soir, croisé un type qui m'a donné une nouvelle qu'il a écrite. Il avait l'air très ému. Il m'a dit : « Le problème, c'est que j'aime beaucoup Fredric Brown et je crois que ma nouvelle est pompée sur l'une des siennes. »

A la bibliothèque, vu R, sa casquette en cuir vissée sur la tête, assis, tenant une fille par les épaules et lui parlant face à face, les yeux dans les yeux, presque à la toucher.

En repartant, je vois qu'il est toujours là. On dirait qu'il cherche à hypnotiser la fille. Il murmure : « Tu comprends ? Tu comprends ? »

Je repasse devant la bibliothèque en voiture. Ils sont debout sur le trottoir. La fille le regarde avec des yeux étranges, comme envoûtée.

Dans les toilettes de Pascal et Jéjé, je trouve un petit livre de Plutarque sur le bonheur.

En quittant Paris, je vous une affiche de spectacle par la vitre du train : « Le bâton de Plutarque.»

Cinéma L'image à Plougastel : on a des entrées gratuites pour le Hobbit 3 3D et j'y emmène Arthur, Anouk et Margaux. A l'entrée, à la caisse, un monsieur moustachu pousse un soupir de mépris quand je lui montre les lunettes 3 D que j'ai pensé à apporter : "Vous pouvez toujours les mettre, vous ne verrez rien, enfin essayez toujours."  

Devant lui, un parterre de lunettes dernier cri : "Ca marche qu'avec celles-là, c'est 2 euros pièce la location."

Il nous tend un petit sachet type rince doigt avec chaque paire, et nous fait un sermon que personne n'écoute.

Anouk a essayé les lunettes, il s'emporte. "Oh les enfants, qu'est-ce que je viens de dire, hein ? J'ai dit quoi ? Faut écouter les enfants ! Alors comme je suis gentil je vais répéter : les lunettes ont été portées par d'autres que vous, et il faut les désinfecter. Pas les carreaux, vous avez bien entendu, pas les carreaux ! Mais les montures, et là, sur le support qui va sur l'arête du nez, comme ceci."

Dans le cinéma, on essaye les lunettes. Elles clignotent, sauf celles d'Arthur. Je retourne à la caisse. "Elles ne doivent pas fonctionner, elles ne clignotent pas", lui dis-je. Il râle, m'accompagne dans le cinéma, me tend une paire puis une autre. "Là ça marche". "Et la première paire?" "Je l'ai reposée sur votre guichet" Il hausse les épaules : "Pmmf."

A une demi-heure de la fin du film, les lunettes d'Arthur ne marchent plus. On échange, je regarde la fin en brouillé.

En partant, je retourne voir le monsieur: "Elles marchent pas vos lunettes." Il s'empourpre : "Pff, il fallait les ramener !" "Oui, mais à une demie-heure de la fin du film, j'aurais tout raté." Il râle, je dis : "Vous n'allez quand même pas dire que c'est de ma faute si vos lunettes sont défectueuses, non?"

Je quitte le champ de bataille des cinq armées laissant le moustachu vaincu.

Croisé D au jardin d'enfants. Il tient une cigarette roulée énorme et tordue. Il me donne un papier photocopié avec l'adresse de son soundcloud. Je lui dis que j'ai déjà été écouter ses chansons. Il m'écoute à peine et se lance dans une diatribe sur la fin du monde.

« Là, c'est le monde qui change, un profond profond changement. Tout va être modifié. C'est même plus un monde matérialiste, c'est un monde matérialiste dominé par la machine. »

« Et les gens là partout ? Des oies blanches face aux tueurs qui vont arriver ! »

« Bob Marley l'avait déjà chanté. Les gens n'ont pas écouté Bob Marley. Moi je l'ai vu en concert à Paris. Il disait que rien ne pourrait plus jamais les arrêter. Hein ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Quand on y pense, c'est terrifiant. »

« Mon écharpe, je l'ai achetée à Tout à deux euros – bon, elle est bien, j'en suis content, mais elle a été tricotée par des gamines au Bangladesh, dans des conditions je te raconte pas. Et si t'es syndicaliste là-bas, hé ben t'es violée. »

« Moi j'ai écrit des chansons là-dessus. » Il cite deux ou trois couplets. « Tu vois, je dis tout. TOUT est dit. Et personne n'écoute. »

« J'ai écrit des livres aussi, personne ne veut les éditer. Ils trouvent ça intéressant, mais quand ils voient vraiment ce qui est dit, et comment c'est dit, sans fards, ils hésitent. »

« Là j'attends une réponse. Normalement, ils envoient une lettre type au bout de deux mois. Là ça fait trois. C'est vraiment n'importe quoi. »

« Et Bob le dit, si tu écoutes bien, dans Natural Mystic : « Beaucoup vont mourir. »

Il reste un moment avec sa clope éteinte dans les doigts, ému.

Au moment de partir : « Bon, et n'oublie pas, hein ? Dans la vie, il faut avoir une vision. »

Arthur à table : « C'est quoi la chose la plus étrange que vous ayez vue ? »

Massacre dans les locaux de Charlie Hebdo. Après deux jours de cavale, les deux tueurs se barricadent et meurent dans une imprimerie.

Toilettes des profs : coincé dans les tuyaux au plafond, un sachet désodorisant. La marque : Uriwav.

Arthur : « Une éclipse solaire, c'est la lune qui passe devant le soleil. Une éclipse lunaire, c'est le soleil qui passe devant la Lune. »

R est à l'hôpital. Elle est très malade. Elle dit : « Bon, ben c'est râpé pour les soldes. »

Nuage en forme d'enclume froide.

J'ai rêvé que je couchais avec une fille que je connais, mais dont le corps blanc et  maigre me dégoûtait.

En voiture à Kérinou, j'aperçois une femme qui marche sur le trottoir et soudain, sourit. Un beau sourire qui s'adresse à quelqu'un, mais en face d'elle, personne.

Je repasse quinze minutes plus tard. Elle est un peu plus loin, marche dans l'autre sens, et sourit à nouveau, l'air de reconnaître quelqu'un. Mais il n'y a toujours personne.

Rêvé que je devais déplacer un poulpe d'un aquarium à l'autre. Pour finir, je le mettais sur ma tête et il se mettait à me parler.

On a des poux. Lotions, shampoings. J'en ai rêvé cette nuit. Au club des Petits débrouillards, où je vais chercher Arthur, j'arrive en pleine galette des rois. J'ai la fève. Je me retrouve avec une couronne sur la tête.

Je regarde le projet de couv de l'album de Centre du monde : il porte un t-shirt Johnny Hallyday route 66. Je m'assieds à mon bureau : un élève y a oublié une trousse route 66.

Brimborions de la tournée dans l'Est : 

Sur l'autoradio, Thomas a mis un morceau de Charlélie Couture.

A Sausheim. La veille, la scène était occupée par un hypnotiseur de foules, Mesmer Le Fascinateur.

Je traîne dans les loges, espérant trouver une trace de son passage. Mais tout est nettoyé et bien rangé.

Le régisseur nous dit, larme à l'oeil, que Thiéfaine joue souvent ici et qu'il est ici chez lui.

Thann. Grande affiche de Charlélie Couture, qui a joué là récemment.

On arrive dans la salle. Le technicien teste sa sono avec un morceau de Thiéfaine.

Son téléphone sonne : c'est Ring of fire de Johnny Cash.

Sausheim : sur le mur, « Il faut choisir des epi adaptés ». Thann : « Singes chromé en concert ».

Thann : je m'assieds dans un fauteuil de la salle. J'ai l'impression qu'il bouge comme s'il était en gelée.

***

J'ouvre les volets. Je crois voir une main coupée sur la lunette arrière de la voiture garée juste en-dessous. Je me dis que ça doit être un gant.

En fait non, c'est une main coupée, avec des bouts de tendons. Je me dis qu'elle doit être en plastique.

Devant la boulangerie, un SDF déguisé en lapin qui tient une pancarte : « Sans terrier ni crottes. »

Au marché avec Maïwenn. Elle s'arrête au pied de tous les arbres et soupire en tentant de mettre ses bras autour du tronc : « Oh il est dur à grimper cet arbre. »

Arthur me montre ses photos de Vacances. Il a trouvé une clef posée sur un menhir. Le chiffre 18 est gravé dessus.

Je lui dis que ça doit être un chiffre symbolique. Il me dit : « Pour moi c'est le chiffre de l'eau. » « Pourquoi ? » « Parce que c'est le numéro des pompiers. »

Rêvé que je faisais cours et que par la fenêtre, la campagne s'assombrissait. Soudain, un éclair bleu tombe sur les champs, et tout devient bleu. J'essaye de rassurer les élèves : « Ca ne doit pas être bien grave. »

Avant, lorsque j'emmenais Maïwenn voir la mer, elle lui disait bonjour. « Bonjour la mer ! »

Hier, je dis : « Bonjour la mer ! » Et elle dit : « Non, elle a pas de boubouille. »

Boubouille c'est visage. Elle ajoute : « C'est que de l'eau ».

Au feu rouge, derrière une voiture. Sur le pare-brise arrière, écrit à l'envers une suite de consonnes qui ne veulent rien dire : Csrhsrtt.

En fait, il faut peut-être lire Carhartt. Ce serait un fabriquant de gants.

Ca n'explique pas pourquoi le nom est écrit à l'envers.

L'éclipse était décevante : il a juste fait gris sale, pas nuit.

Du coup, le soleil revient, mais les oiseaux, les arbres et les gens ont l'air plus fatigués qu'avant.

Je vais courir juste après l'éclipse. Tout a l'air couvert de cendres.

Maïwenn me grimpe dessus en criant « Caca boudin ». Je lui dis : « On touche le fond ! » Elle me touche le front.

Croisé un type en costume d'Arsène Lupin, avec une canne à pommeau, qui faisait les cent pas à côté du Rock circus.

Le lendemain, croisé un autre type rue Boileau, habillé de la même manière, avec la même, canne.

Il y a du vent. Dans les feuilles du palmier du voisin, j'ai l'impression de voir une grosse tête de dieu aztèque.

A l'heure du coucher, Maïwenn a peur du vent. Elle se rassure : « Il a pas de boubouille. »

mardi 8 juillet 2014

BRIMBORIONS DE JUIN

Copyright Jorge Bernstein

Rêve : un ami dont la tête est recouverte de bandages m'embrasse, puis ses bandages tombent un peu. Il est défiguré par une sorte de rougeole. Il me dit : « J'ai la Garonne. » Et je pense : « Putain, pourquoi m'a-t-il embrassé ? »

Chez Müller, je bois un verre avec Benoît. Quand on arrive, M est là, au comptoir. Il finit son verre, prétexte qu'il attend que la pluie cesse pour rentrer en scooter.

« Il pleut toujours ? » « Quelques gouttes. » « Je vais attendre que ça se calme. » Il a l'air soulagé.

Il part. « Allez salut tout le monde. ». Il revient. Il pleut trop. « Remets-moi un verre » Il stipule : « Mais un petit hein ? »

Il repart. « Allez, je crois que je vais réussir à passer entre les gouttes. » Il revient, fataliste, attend au pied du comptoir, et finit par dire au patron : « Ben quoi, j'ai vendu du beurre aux allemands ou quoi ? » Müller le ressert.

Son téléphone sonne : « Allo ? Non, je serai chez moi dans dix minutes grand max, et tu me rappelles, ok ? Ah non, j'insiste tu me rappelles, il faut que je te parle d'un truc. » Il tente un départ. Il revient. Ainsi de suite pendant une heure.

Quand on s'en va, il vient juste de retrouver deux anciennes connaissances bien attaquées qui insistent pour lui offrir un verre. Dehors il pleut à verse.

Dédicaces avec Briac à la Librairie des voyageurs. Une dame entre et la libraire lui demande : « Vous venez pour la dédicace ? » « Non, pas du tout, moi je suis venu acheter une carte des Pouilles. »

Revu Yves à Quimper. « Je suis allé à Paris pour démarcher les éditeurs. Je suis allé chez Albin Michel. J'ai sonné, personne. Comme la porte était ouverte, je suis entré. »

« Je me suis retrouvé dans les couloirs, j'ai fait le tour des bureaux, personne. Je me suis mis à appeler : « Oh, y a quelqu'un ? » Personne. J'avais mon manuscrit sous le bras. J'allais pas repartir bredouille. »

« Du coup, j'ai fait le numéro d'Albin Michel sur mon portable. Une dame me répond. Je lui dis : « Je voudrais déposer un manuscrit. » « C'est impossible, monsieur, nous sommes fermés. » « Ah bon ? C'est curieux parce que je suis en ce moment même dans vos locaux. »

« Comment ? » « Oui, c'était ouvert. » « Sortez immédiatement, j'appelle la sécurité ! » « Impossible, et mon manuscrit ? » « Revenez lundi ! » « Je refuse. Je viens de Province, lundi je serai rentré chez moi. Tout le monde n'est pas parisien madame. »

« Je ne sais pas... Déposez-le sur le comptoir de l'accueil alors. » « Entendu. Mais après tout ça, excusez-moi d'être si direct madame, vous m'accorderez que la moindre des choses serait tout de même que vous l'éditiez ! »

Simon : « J'étais à la fac avec le petit-fils d'Heidegger. Il s'intéressait qu'au foot. »

Daniel : « Ah, comment s'appelle-t-elle déjà, cette fille qui oublie toujours tout ?"

Sur un mur au marqueur : « L'Apocalipse n'a pas eu lieu. »

Je rêve d'un type en kabig vert avec une capuche triangulaire. Il n'arrête pas de passer dans mon rêve. Il n'a rien à faire là. Quand il se penche et ramasse un loup vert sur le trottoir, je le reconnais. C'est le bouffon, ou le frelon vert.  

Je suis repassé devant chez Müller. Le scooter est toujours là.

vendredi 16 mai 2014

BRIMBORIONS DE MAI



Jardin d'enfant : je croise Patou, qui est devenu gendarme scientifique. Il me parle du Blue star, ce produit qui révèle les traces de sang anciennes. « On a fait réagir des taches qui dataient de la guerre de sécession ! »

« Pour montrer à mes élèves, je me suis fait faire une prise de sang et je l'ai congelée. Il suffit d'en prélever un peu, d'en asperger le carrelage sur le mur, de récurer à fond, et puis d'éteindre la lumière avant de vaporiser le blue star. » Son regard brille : « Et là, ça fait de grandes traînées phosphorescentes bleues. »

« Ca marche aussi avec la Javel, ça brille avec plus d'intensité, mais beaucoup moins longtemps. » Moue moins convaincue : « Ce n'est pas la même lumière. »

Frôle ce matin par une voiture : « Taxi Abysse. »

Croisé un van où était écrit : « Voyages Ulysse. »

Sur la route du festival de Deauville, de l’autre côté de la route, un petit chat vient juste de se faire écraser. Il est encore vivant. Atroce. Juste après, une cigogne passe dans le ciel.

Il paraît que toutes les cigognes passent par Istanbul, où elles prennent de la hauteur en montant en hélices, par groupes.

Une dame à table : « Mon père a 75 ans. Il vient de tourner dans son premier film d’horreur. »

« Le réalisateur lui avait dit qu’il avait un rôle de psy pour lui, il était content. Mais en fait c’était un rôle de psychopathe. »

J'attends au feu derrière une voiture. Deux autocollants : « Anti-radar » et « Attention conducteur bourré. » Le feu passe au vert et il démarre en trombe, manquant écraser deux filles qui traversaient.

Rêvé du petit chat écrasé. Dans mon rêve, il était roux, et je me souviens du bruit de semelle que ça faisait quand des gens l'ont décollé du bitume.

Je corrige des copies dans le train. Le texte parle des tranchées. Correspondance. Je regarde mon billet : voiture 14, place 18.

C'est le soir, je regarde un film. Soudain, boum, un vacarme, comme si une étagère était tombée à l'étage. On monte. Rien. On fait trois fois le tour de la maison. Rien.

Finalement, c'est un arrosoir qui est tombé dehors.

Le lendemain, l'arrosoir retombe, mais moins fort.

On rentre sur la voie express. Sur un pont, des gens agitent des drapeaux français et des banderoles FN. Au moment où on passe juste en dessous, Maëlle dit : « Quelle horreur ce sont des enfants. »

Il y a une semaine, mais l'image de l'ado blonde en t-shirt blanc agitant un drapeau FN Juste au-dessus de ma tête, alors qu'on passe le pont, ne s'efface pas.


mercredi 9 avril 2014

BRIMBORIONS D'AVRIL


Grand-mère s'agace : « A notre époque, il n'y a plus d'étoiles. »

Elle justifie : « Avant, on en voyait quand même beaucoup plus. »

Jardiland. Je montre les lapins à Maïwenn : « Oh, regarde les lapins ! » Autre cage, le doigt pointé : « Oh, et regarde là, les tous petits lapins ! » Le type d'à côté me regarde avec consternation : ce sont des hamsters.

Jardiland. Conversation entre deux dames : « Oh, les petits lapins russes, ils sont tellement mignons... » Elles sourient, soupirent. Le visage de l'une d'elle se ferme : « Par contre, putain, les cochons d'Inde, ça pue c'est moche. »

Rêve. Le goulet de la rade de Brest s'est resserré. Partout, des chevaux sauvages traversent à la nage.

Mes lacets sont cassés. Je vais en acheter au Super U de Saint Renan. J'hésite entre les 45cm, prévus pour 3 trous, et les 60 cm pour 4. Comme il y a trois trous dans mes godasses, je prends les 45cm. Je paye, je sors, j'essaye. Trop petits.

Je retourne au rayon, j'achète les 60cm. Rebelote : je paye et sors. Encore trop petits.

Je retourne, je m'apprête à prendre les 75 cm et puis j'aperçois les 90 cm. Je me ferai pas avoir trois fois. Je prends les 90 cm. Je sors, j'essaye. Beaucoup trop longs.

Rêve : on est des GIs et on attaque une forteresse troglodyte Afghane, et on tire des roquettes dans des cavernes. A un moment, on se rend compte qu'on est en train de déranger des gens qui mangent. Du coup ils nous invitent.

On est à table. Ils vont égorger une brebis. C'est sacrificiel. Je suis ému, mais on me rassure : une fois égorgée, elle sera toujours en vie.

Rêve : on m'attache de force sur une luge aiguisé comme une guillotine, et je glisse sur une pente vers une foule de manifestants. Je ferme les yeux, je hurle : je ressens les chocs et reçois de grandes flaques de sang en plein visage.

J'ai été voir un concert de musique contemporaine. A un moment, un saxophoniste impeccable, tout de noir vêtu, aux chaussures cirées, interprète une pièce d'une grande austérité. Il ne laisse rien au hasard. Au moment des applaudissements, il s'incline et du pavillon de son instrument coule un filet de bave.

Au Festival de Deauville, j'interviens devant une classe d'élèves de 3ème. Ca se passe dans la salle « Batman ».

Vu sur internet : l'île de Queimada Grande au Brésil, 230 000 mètres carrés, compte 230 000 serpents.


lundi 17 mars 2014

BRIMBORIONS EN FORME DE PHASMES



Copié collé l'adresse que m'a donnée Cyril, "J'habite Le Tiercent, 170 âmes" dans mon carnet d'adresses, puis déplacé le nom du village dans une autre colonne.  il reste "Cyril, 170 âmes".

Mikel avait neuf ans en 1945. Le jour où Brest a été rasée, il était à Quimper, à la messe avec ses parents. Il se souvient des bombardiers qui passaient sans arrêt au-dessus. Ca couvrait tout. La messe a duré deux heures et le bruit aussi.

Les américains laissaient tomber des petits tortillons d'aluminium, en fait des leurres pour brouiller les radars, mais les enfants croyaient que c'était des chocolats.

Une autre fois, de l'étage, on lui montre au loin dans la nuit un grand feu : Lorient qui brûle.

Rêvé d'enfants que je devais protéger. Au bout d'un moment, ils deviennent des crevettes dans un grand bassin en pierre carré.

Ensuite, je découvre un trésor dans une caverne et je fais un cadeau en or massif à quelqu'un pour qu'il me laisse tranquille.

Cette nuit, encore un rêve : on file dans un train bourré de déchets nucléaires le long d'une grande muraille de pierre, et je me dis que scénaristiquement, elle va forcément s'effondrer sur nous.

Arthur a adopté des phasmes. Ils sont dans un aquarium. Il faut leur vaporiser de l'eau dessus tous les matins en soulevant légèrement le couvercle. Toujours peur qu'il y en ait un qui s'échappe.

Le phasme passe sa vie à imiter une brindille. Pour faire plus vrai, il ondule un peu, comme s'il y avait du vent.

Petit-déjeuner : j'ai l'impression d'être observé.

Je me retourne : le phasme. 

On dirait un petit totem : c'est peut-être l'effet bois.

Les phasmes c'est des insectes en formica.

Corentin, 5 ans : « Hé, elle est désaccordée ta guitare, ça fait tong au lieu de ting. »

Rêve : un type dévisse son nez, me le donne et meurt.

J'arrive au distributeur de fric, et j'aperçois un type avec des béquilles qui avance péniblement, à deux mètres de là. Je fais signe que je lui cède la place, mais il soupire : « Oh vas-y, le temps que j'arrive, t'auras même le temps de retirer quatre fois. »

mercredi 26 février 2014

BRIMBORIONS DE FEVRIER


Matin. Je coupe du pain et je m'entaille le pouce.

Matin suivant. En voulant récupérer le bouchon d'un tube de dentifrice, je m'assomme contre le radiateur.

Arthur, regardant l'étiquette d'une bouteille de vin d'un air dubitatif, finit par dire : « Pourquoi c'est écrit Foire aux vins Orange, alors que le vin est rouge ? »

Un caillou dans ma chaussure : je l'enlève, la retourne et il en tombe une pièce.

Arthur : « Je déteste la musique classique, c'est trop aigu. »

Arthur : « Moi, quand j'utilise des sons aigus, c'est uniquement pour terrasser mes ennemis en leur détruisant les tympans. »

Reçu par la poste ce matin un épais paquet de photos et de cartes postales, toutes annotées. C'est cette dame que j'avais croisée en dédicace, qui m'avait raconté sa vie.

Cette fois, elle me l'a écrite, en caractères serrés, au dos de cinq cartes, tassés comme de la mie de pain. Tout y est : d'où elle vient, qui elle est. Il y a même une photocopie de son diplôme.

Roland a une machine pour imprimer ses propres t-shirts. Des fois, il se pointe aux concerts avec le t-shirt du groupe, même si celui-ci n'en a jamais fait fabriquer.

Rêvé d'un poisson rouge et ondoyant qui nageait dans l'air autour de ma tête. Je me suis dit que ça ferait un super brimborion. J'étais très déçu que ça ne soit qu'un rêve.

J'attends Arthur à l'école. Une dame salue un monsieur moustachu : « Oh, mais... Je devine à votre regard que ça va très bien pour vous en ce moment, non ? » Il est surpris, sourit maladroitement : « Oh ben j'ai le dos en vrac. » Elle : « Oui mais ça se voit, je sais pas, un petit quelque chose dans votre expression, qui me dit que vous êtes particulièrement heureux ces jours-ci, pas vrai ? » Le type rougit : «Ben je sais pas, j'ai juste le dos en vrac. »

Arthur assis à côté de moi en voiture, silencieux et pensif. On roule. Au bout d'un moment, il lève la tête vers moi : « Tu imagines la durée de vie d'un pneu ? »